samedi 28 juin 2008

Entroducing...

Un des grands intérêts de ce gros bouffe temps d'Internet est de rencontrer des gens qui partagent la ou les mêmes passions que vous. Il est temps de faire un peu de pub, donc!

Entroducing :
Un cochon de plus dans mes liens (no offense William if you try to translate, i don't mean you're a pig, "cochon" is more like naughty, interested by hot stuff etc...), bouquiniste à Brooklyn (après Selena Kimball, elle aussi de Brooklyn...) et visiblement passionné par la littérature populaire et les belles couvertures aguicheuses...

La suite ici et sur son blog! Bonne visite bande de pervers...

Entroducing 2:
Un lettré également que ce Will, qui partage avec moi le goût des littératures oubliées (mais moins cochonnes): surréalisme, auteurs méconnus ou trop peu comme Robert Walser, René Daumal...



Allez donc laisser vagabonder vos yeux dans ces contrées!

mercredi 25 juin 2008

Selena Kimball

Le temps de découvrir cette artiste, de la contacter, d'avoir son accord et de faire ce post, une heure... pas plus. Voilà donc une découverte fulgurante!
Selena Kimball est peintre, photographe et collagiste. Elle vit à Brooklyn et expose un peu partout dans le monde. Son travail a fait l'objet de publications... Une petite visite sur son site vous en dira beaucoup plus.
Ses collages ont tout de suite attiré mon oeil par leur affinité avec l'esprit surréaliste, cette inquiétante étrangeté née de la juxtaposition qui me plonge dans une rêverie étrange et agréable. J'espère que vous partagerez mon avis...
Merci Selena!

mardi 24 juin 2008

John Zorn Live


Ca doit bien faire une douzaine d'années que j'écoute John Zorn, les groupes qu'il produit, les groupes qui gravitent autour de lui, et je ne l'avais jamais vu en concert. Si j'avais soudain une rentrée d'argent (plus que) conséquente, je me précipiterais sur tout son catalogue Tzadik. Bref, je crois que, malgré quelques périodes de lassitude et quelques revirements, je peux dire que, j'aime, John, Zorn.
Hier soir fut donc le grand soir, la belle rencontre. L'affiche était assez exceptionnelle à vrai dire. Et encore ce n'est que le premier concert d'une belle série que propose en ce moment la Cité de la Musique. Par manque de thune, je n'aurais vu que celui-là.
Le concert s'est déroulé en trois parties; D'abord Necrophiliac! Le trio Zorn, Fred Frith (infatigable guitariste expérimentant toutes les sonorités et tous les univers accross the border) et Mike Patton (ex Faith No More et désormais vocaliste (?) fou (!) et membre de plusieurs entités assez côtées dont Fantomâs. Dès la première note stridente du saxophone survitaminé de Zorn, ma voisine de droite (qui accompagnait son mari plus qu'elle n'assistait au concert) s'est obstrué les oreilles de deux majeurs pointus qu'elle ne décollera de ces petites cavités proprettes (je l'espère) qu'à la dernière seconde. J'étais ravi. Ma voisine de gauche, qui partage, en plus de ce concert, sa vie avec moi, s'est décidée à "ne pas lutter contre le bruit, à se laisser immerger". Au final je crois que ce boucan l'a bercée... Elle est d'ailleurs capable de se détendre et même de se relaxer en écoutant du Wolf Eyes... chose rare qui fait que je l'aime et que je ça risque de continuer. Fermons-là cet aparté qui n'intéresse strictement que moi...

Bruyant, brutal et beau fut ce jet d'adrénaline juvénile car comme les Sonic Youth qui approchent de la papitude, les musiciens "zorniens" ne cessent d'être jeunes et de transmettre un peu de leur rage d'il y a presque 30 ans. L'adéquation entre eux est également quelque chose de fascinant à observer. Ces gars-là se connaissent sur le bout des ongles. Chaque morceau, calibré et ciselé à la seconde est un défi d'interprétation tant Zorn aime jouer des brusques changements d'univers, de rythme, faisant de la rupture un étonnant moteur d'innovation et de renouvellement. On ne s'ennuie jamais!
La deuxième partie fut consacrée au trio infernal qui n'a plus rien à prouver: Painkiller! A savoir Zorn, Bill Laswell à la basse et le cinglé de batteur Mick Harris (Napalm Death, Scorn...) Ce trio-là aussi forme une entité incroyable. Chaque écart, chaque improvisation est l'occasion d'un exercice ludique entre eux, et ça se sent. Qui poussera qui vers la fausse note, vers le dernier retranchement... La basse dub de Laswell sur le flot tonitruant de la batterie grind core de Mick Harris... Le souffle furieux de Zorn sur un silence aussi profond que bref... Violence, équilibre et splendeur furent les maîtres mots de ce moment d'intensité funambulesque.
Pour finir, l'équipe au complet rejoignit la scène pour un agréable chaos organisé fait de brefs morceaux ultra violents dont le rappel qui fut si bref qu'il provoqua quelques sifflets rageurs, laissant la moitié de la salle perplexe (22 euros quand même, merde) et l'autre ravie. Je me place dans la deuxième catégorie, sans aucun doute. Putain j'ai enfin vu Johnny Zorno!

Quelques photos pas top because j'étais LOIN et que mon Canon a à moitié rendu l'âme depuis quelques mois. Pis c'était pas vraiment autorisé alors j'ai fait ce que j'ai pu. Pour les plus curieux (et les plus masos, une vidéo de 5 minutes toute floue de l'entrée sur scène de Painkiller!)

Et la vidéo c'est par

Osman Walter (G.J. Arnaud) Love Cab. Ed. Euredif, coll. Aphrodite Classique, 1978

On connaît surtout G.J. Arnaud pour sa prolifique production de romans policiers et d’espionnage au Fleuve Noir et pour nombre d’autres éditeurs, ainsi que pour La Compagnie des Glaces, grande fresque de S.F que je n’ai pas lue. Son œuvre érotique et gore reste à découvrir. Penchons nous pour l’instant sur le premier volet. Bien que les érotiques d’Arnaud soient des œuvres de commande, l’auteur a répété dans des interviews qu’il assumait ces textes (bien plus que des romans gore d’ailleurs). On le comprend en lisant ce superbe Love Cab.

Je vais encore une fois parler de TOUT le livre... Pour ceux qui seraient tentés, ne lisez pas ce post en entier. Toutefois, un livre érotique (celui-ci en tout cas ne repose pas essentiellement sur le déroulement d'une intrigue, donc pas de suspense, peu de chance que je vous gâche la lecture cette fois)

L’histoire se déroule à la fin du XIXème siècle à Londres, époque de répression morale assez lamentable. On pense à Oscar Wilde d’ailleurs cité dans le livre à plusieurs reprises.
Lord Thomas Baker se retrouve seul chez lui car sa femme est partie pour plusieurs semaines dans sa famille française. Se rendant à son club (où Conan Doyle est présent), il croise Michael Abboth, « le plus exécrable raseur de la capitale et peut-être même de l’empire ». Ce dernier lui raconte que dans les profondeurs du fog londonien, la nuit, surgit parfois un mystérieux véhicule, le Love Cab. Deux femmes l’occupent, l’une conduit et l’autre prodigue les caresses les plus exquises. Pour 20 guinées, Abboth s’est fait caresser le sexe par une main « fine et délicate, gentiment enduite d’une pommade parfumée à l’œillet ».
Thomas Baker est intrigué autant qu’incrédule. Il devra lui-même se faire une opinion…
Plus tard, il se rend chez Peter Richter, l’un de ses amis, chez qui il lorgne sa sœur Emily et sa demoiselle de compagnie Rita. Peter, plus libéré que Thomas, lui révèle que ces deux-là entretiennent des rapports lesbiens qui défient toute morale. Thomas, offusqué, se souvient alors de ses émois de collégien avec des hommes. Son homosexualité refoulée refait surface quand Thomas Baker se dénude devant lui pour prendre son bain…
Le chapitre 3 nous apprend que Rita et Emily, la sœur de Peter, sont en réalité les deux beautés qui hantent les rues sombres de la capitale à la recherche de clients. Rita, bisexuelle libérée est en révolte contre « la société, la famille, les règles de cette morale victorienne si étroites ». C’est elle qui a initié Emily la lesbienne aux rapports hétérosexuels tarifés, anaux, bucaux et autres…
Abboth, déambulant sans fin dans les rues mal éclairées dans l’espoir de croiser à nouveau le chemin du Love Cab, parvient une nouvelles fois à se faire vider la (les) bourse(s) par les mystérieuses passagères du cab, mais cette fois il emmène avec lui un mouchoir qu’il leur subtilise. Sur celui-ci sont brodées les lettres R et S. Dès lors il n’a plus qu’un objectif, démasquer ces deux prostituées et toucher la récompense promise par de nombreux moralisateurs londoniens.

De son côté, Thomas, invité chez les Richter (H.G. Wells est également de la fête), découvre le nom de famille de Rita et commence à comprendre… Cela ne l’empêche nullement de se mettre au lit avec Rita. G.J. Arnaud s’en donne à cœur joie dans les descriptions pornographiques. Prudes lecteurs passez votre chemin ! « Son plaisir parut drainer autre chose que son sperme et il fut certain que son sang, sa moelle épinière giclaient au bout de son sexe dans le corps de cette fille »… Thomas se rassure en prenant là un plaisir honnête, hétérosexuel. Mais son attirance pour les hommes n’en a pas moins disparu…
Arnaud poursuit par un passage anticlérical savoureux en faisant entrer un clergyman dans le Love Cab. L’homme d’église pensait trouver là un banal taxi mais comprit vite son erreur…
Rita et Emily prennent peur. Etre démasquées les priveraient de leur plaisir secret et de revenus bienvenus. Emily, suivant les enseignements libertins de Rita, prend de plus en plus de plaisir à faire cela, même si à l’origine, elle se prostitue pour défendre la cause socialiste : « Il est juste que la société capitaliste, ces bourgeois fortunés et ces lords méprisants, soient dépouillés en partie de leurs biens. Et c’est lutter contre la religion que de les faire payer pour leurs vices les plus honteux » s’exclame-t-elle ! Arnaud se montre ici le plus abouti des libertins et le plus motivé des libertaires. Il pousse la logique de son propos très loin en proposant une scène homosexuelle très explicite entre Thomas et Peter (p. 130 pour les amateurs) puis en mêlant tous les vices et tous les plaisirs. La fin du livre est une apothéose de subversion puisque les 4 personnages principaux, Thomas, Peter, Emily et Rita (Peter et Emily étant frère et sœur) finissent par déjouer les investigations de Michael Abbott et se retrouvent face à face avec leurs désirs secrets. Inceste, homosexualité, sodomie, un festival de tabous judéo-chrétiens éclate dans les dernières pages. Les quatre lurrons décident même de créer un deuxième Love Cab pour proposer aux londoniens toute la gamme des plaisirs que la morale leur interdit.
J’avoue qu’avant d’avoir lu ce livre j’imaginais mal G.J. Arnaud en chantre et continuateur des libertins du XVIIIème, pourtant…
Je conseille donc vivement à tous les esprits ouverts de compléter leur bibliothèque secrète de ce petit bijou de subversion carabinée !

vendredi 20 juin 2008

Scandinapoil

Lettrisme

Petite visite chez un soldeur et bonne surprise, des livres qu'ils vendaient depuis des années à des prix assez élevés (20-30 euros) passés à 5-20 €... de quoi faire une razzia lettriste... Je connais un de mes lecteurs qui convoite les Isou... Si ça te dit je t'en prendrai quelques uns.

mercredi 18 juin 2008

Pin-up du mois (4) juin 2008


Avec tout ça j'allais oublier la pin-up du mois... doublure de S. Loren paraît-il...

Imdb a dit: Luisa Baratto, Liz Barrat, Liz Barret, Louise Barret, Liz Barrett, Louise Barrett.
- Colpo di stato (1969) (as Liz Barrett)
... aka Coup D'Etat (International: English title)
- Lungo giorno del massacro, Il (1968) (as Liz Barret) .... Lara
... aka The Long Day of the Massacre
- Invincibile Superman, L' (1968) (as Liz Barrett) .... Gloria Devon
... aka Re dei criminali, Il (Italy: alternative title)
... aka Superargo (UK)
... aka Superargo and the Faceless Giants
... aka Superargo the Giant
... aka Superargo, el gigante (Spain)
... aka The King of Criminals
- Pistolero segnato da Dio, Il (1968) (as Liz Barrat)
... aka Due pistole e un vigliacco
... aka Gunman Sent by God (USA)
... aka Two Guns and a Coward
... aka Two Pistols and a Coward (USA)
- Scacco internazionale (1968) .... Stefanie MacConnell
... aka The Last Chance (USA)
- Colpo doppio del camaleonte d'oro (1967) (as Liz Barrett) .... Micaela
- Sette winchester per un massacro (1967) (as Louise Barrett) .... Manuela
... aka 7 Winchester per un massacro
... aka Blake's Marauders (USA: video title)
... aka Payment in Blood
... aka Renegade Riders (USA)
... aka Seven Winchesters for a Massacre
... aka The Final Defeat
... aka Winchester for Hire (Australia: video title)
- Requiescant (1967) .... Lo
... aka Kill and Pray (USA: DVD title)
- Devilman Story (1967) (as Liz Barrett) .... Christine Becker
... aka The Devil's Man (USA)
- Killer Kid (1967) (as Liz Barret) .... Mercedes Hernandez
- Boia scarlatto, Il (1965) (as Louise Barret) .... Edith
... aka A Tale of Torture
... aka Bloody Pit of Horror (USA)
... aka Castello di Artena, Il
... aka Crimson Executioner
... aka Some Virgins for the Hangman
... aka The Castle of Artena
... aka The Red Hangman (USA: promotional title)
... aka The Scarlet Executioner
... aka The Scarlet Hangman
... aka Virgins for the Hangman

lundi 16 juin 2008

Ernst Ratno. Ne sont pas morts tous les sadiques, 1948.


Ernst Ratno. Ne sont pas morts tous les sadiques. Ed. Fournier Valdes, 1948.

Voilà un livre plus que singulier, une perle de la littérature trash, un bijou déglingué, un poème purulent, un des plus grands livres que j’aie jamais eu entre les mains. A tel point que j’ai hésité à en parler, pas pour garder ça pour moi mais par peur de flinguer les qualités du bouquin par ma maladresse. Ce livre tue, croyez moi !
Ernst Ratno ? On ne sait rien de ce type, sauf qu’il a publié quelques ouvrages dont, probablement, Le Festin des Charognes aux éditions du Scorpion, sous le pseudo ( ?) de Max Roussel, réédité par Jean Rollin aux Belles Lettres dans la collection Les Anges du Bizarre (et oui encore).
Max Roussel est ici présenté comme le traducteur du livre (vieux stratagème de l’auteur qui se cache derrière le traducteur). On sait aussi que Losfeld édita clandestinement ce bouquin dans les années 1950. Quelques allumés du bulbe vont jusqu’à suggérer que Max Ernst serait derrière tout ça… Bref Ratno intrigue, et il y a de quoi !

Dès la première page, on entre dans la pure hallucination d’un décor apocalyptique. S’il y a ici des âmes sensibles, passez votre chemin ! Donc, on est en Allemagne (suppose-t-on), la guerre (seconde devine-t-on) est finie, restent « les ruines », dans lesquelles Johan, un jeune type de 24 ans se débat pour survivre, tuant tout ce qui vit pour se nourrir. Tout sent la mort autour de lui, les cadavres jonchent le sol, la faim le ronge, la peur le paralyse. Il frappe un jour à la porte de « la vieille », celle qui échange son corps contre une chambre et un peu de nourriture, sous l’œil de son sale chat noir. Pendant l’accouplement, Johan est pris d’une folle panique, il ne supporte pas le rire ignoble de la vieille et l’étrangle après avoir enfoncé ses mains dans son sexe, faisant remonter les flots d’un sang poisseux ! La vieille succombe, les jambes écartées, le sexe déchiqueté par son chat qui y a enfoui son museau allègrement pour manger la confiture destinée à Johan…(vous avais prévenus)
Ce dernier sort et croise la route de William, « des cheveux noirs, des yeux d’azur, un sourire d’ange triste », une douzaine d’années de souffrances et d’abjection. Il lui sauve la vie en lui faisant fuir une patrouille et en l’abritant dans la maison de la vieille. Quelque chose de profond relie dorénavant ces deux âmes en peine. Johan se lie à William comme à un frère de misère mais William veut repartir dans « la forêt », au-delà des « ruines », un territoire inexploré que Johan ignore et redoute. Et il veut repartir seul. Johan pleurniche jusqu’à ce que William accepte de l’emmener avec lui à une condition : il fera « tout » ce qu’il lui demande, « tout ».
Et là, ce livre prend à mes yeux une dimension sordide presque inégalée depuis Lautréamont ou Sade !
Ce que le début laissait augurer d’étrange et de glauque explose dans une folie narrative stupéfiante et incontrôlable. Gore, débridé, désespéré, farfelu, foutraque, ce livre atteint les sommets du déjanté.
Johan et William partent donc vers la forêt, traversent les ruines dans une ambiance infernale dantesque, dans la folie, le froid et l’absurdité du paysage saccagé par la barbarie généralisée. « Jusqu’à quelle nuit interminable du monde devraient-ils être traqués comme des bêtes fauves, à peine un peu plus loin des quelques lumières clignotantes de la ville sombrée, où étaient tapis les repus pour d’autres carnages.
Jusqu’à quelle nuit interminable du monde, le solstice de sang devrait-il durer avant que ne se lève l’éclatante aurore de la Rédemption ? »
Arrivés au terme de leur voyage, les voici dans l’antre de William, une pièce délabrée où sont terrés 4 autres enfants : Marlène, la sœur de William, Edma, sa « femme », Georgie, petite fille chétive et Frantz, petit accordéoniste défiguré et aveugle. Rapidement, Johan comprend où il se trouve. La petite Georgie est un garçon que William déguise en femme, Frantz joue de la musique pour distraire les clients qui déchargent leur haine et leur testostérone sur ces pauvres enfants prostitués par l’abominable William. Or Johan a promis de tout faire en échange d’un toît et de nourriture. Tout faire… Vint donc un soir où « personne n’entendit son cri de douleur qui se confondit avec le vent, les rires, les chants et la jolie valse que déversait l’accordéon de Frantz. Personne, sauf peut-être William, qui eut un rictus de joie ».
Au fil des jours, il se lie d’amitié avec le petit Georgie et avec Frantz, qui lui racontent la violence de William et Edna, qui les maintiennent cloitrés ici, à la merci de types qui les violent chaque nuit contre du thé et un peu de viande. Impossible pour eux de retourner en ville car, là-bas, on kidnappe les enfants, on les tue ou on les met dans des convois sans retour, vers d’inconnues destinations. Johan lui-même sait que la ville est devenue trop dangereuse, c’est pourquoi il se terrait dans les ruines.
Il devient au fur et à mesure le compagnon d’infortune de ces pauvres enfants prostitués, subissant chaque soir l’assaut des clients ramenés par William de la ville où il s’aventure pour les ramasser.
Jusqu’au jour où Erik, un mystérieux chasseur qui passe souvent dans le bordel leur révèle à tous que William les exploite et leur ment. La ville est sûre, la guerre terminée, le travail ne manque pas, ils ne sont pas dans une forêt mais au milieu d’un minuscule bois… La ville est tout proche, derrière la colline.
Le lendemain, William tue froidement Georgie qui tentait de s’enfuir et annonce à Johan qu’il a besoin de lui pour recruter un nouveau petit garçon à déguiser en fille. Il leur faudra aller en ville pour cela.
Johan est bouleversé, ses repères ont valsé aux quatre coins cardinaux. Le monde déjà écroulé s’écroule à nouveau sur sa tête. L’abjection est totale, submergeant tout. Il prend son poignard et l’enfonce dans le cœur de William et d’Edma, ainsi que dans celui de la petite Marlène, la sœur de William qu’il prostituait également. Il lui promet qu’il vengera leur misère. Puis c’est au tour du pauvre Franz. Et là le délire total semble s’emparer de l’auteur qui décrit ce meurtre avec une violence purement hallucinante, à tel point que je préfère scanner la page plutôt que de résumer l’action…

Le carnage terminé, Johan met le feu à la maison et part vers la ville « vêtu de sa robe de femme et ses longs cheveux au vent ».
Quelques mois plus tard, on retrouve Johan employé dans une boîte pour homos, le Bilboquet (…) Son patron, Emil, lui montre la presse dans laquelle on ne parle que du « tueur de sadiques », un mystérieux assassin ayant déjà commis 107 forfaits contre des invertis en seulement quatre mois… Les crimes sont tous commis après 4h du matin, l’heure de la fermeture de la boîte. Emil ne soupçonne pas Johan mais craint pour son petit commerce.
Vers 1h du matin se pointe un client qui veut sortir avec Johan mais le règlement interdit de quitter l’établissement avant 4h. L’homme paie donc rondement Emil qui accepte de laisser Johan aller avec lui. Ce dernier quitte donc le Bilboquet et dans la rue mal éclairée, sort son poignard, prêt à faire une 108ème victime… Mais l’homme anticipe et le maîtrise. Il savait que Johan était le « tueur de sadiques », et il le lui prouve. Cependant il ne veut pas le dénoncer… et là accrochez-vous, on tombe dans le délire total… Il lui propose de rejoindre une organisation anarcho-terroriste pour mettre en œuvre efficacement ses actions meurtrières. Jusque là ses meurtres d’homosexuels étaient des crimes vains et inutiles. Il lui propose de liquider des personnages nettement plus importants qui mettent en danger la liberté des citoyens. Cet enchaînement est purement délirant à la lecture, donnant à ce livre un tournant un peu décevant car on perd un peu l’incroyable abjection du début de l’ouvrage mais il ouvre le livre sur des possibles insoupçonnés… faisant à mes yeux de Ratno une sorte de fou littéraire fascinant…
Johan a donc pour mission d’organiser un attentat avec deux complices. Il se rend à l’étranger pour accomplir cette mission. Durant celle-ci, l’un des complices, un jeune type avec qui Johan s’entendait bien, meurt en même temps que la cible. Johan perd à nouveau la tête. Il sombre dans l’alcool et prend une revenche hétérosexuelle en s’engouffrant dans de multiples relations tarifées avec des prostituEEs. Et puis, trop de temps s’écoule entre les missions, son sadisme l’omnubile. Il a, comme le personnage d’Héléna que j’évoquais plus bas, le « goût du sang ».
Il met à profit sa récente science des explosifs pour faire sauter le Bilboquet, retrouvant son rôle de « tueurs de sadiques » préféré. 35 morts dont son ancien patron Emil… Après un dernier attentat qui lui fait assassiner un ministre, Johan perd carrément la tête, rongé par toute cette horreur accumulée et sombre définitivement dans l’alcool et les femmes. Arrêté, il s’enfuit et se réfugie à Genève où il se consacre à l’écriture, imbibé des Ames mortes de Gogol et de l’Apocalypse de Saint-Jean (…). La toute fin vire dans le grand n’importe quoi baroque : il apprend que son recruteur anarcho-terroriste est en fait un agent double à la solde de la police ! Il le fait venir auprès de lui à Genève, refusant de croire ce qu’on lui dit mais devant l’évidence, il sort son arme. Toutefois, incapable de tirer, il laisse l’homme s’enfuir. Ne reste plus pour lui, après tous ces échecs, ce désespoir, ces bains de sangs diaboliques, qu’à se replonger dans le vice du sexe et de la violence. Il quitte le livre au bras d’une prostituée. Où allait-il ? « IL PARTAIT REJOINDRE LA RACE DES SADIQUES » (majuscules dans le texte bien sûr…)
Je ne crois pas exagérer en disant que je n’avais jamais lu un livre aussi taré de ma vie… En même temps, les trois premiers quarts avant le délire complet sont réellement merveilleux, d’une noirceur digne du meilleur Maurice Raphaël d’avant les polars de gare. Cet univers de fin du monde est un pur joyau littéraire qui vaut bien La Route de Cormac McCarthy. Moi je dis, Ernst Ratno, prix Nobel 2009 !

jeudi 12 juin 2008

George Maxwell. Fallait pas me doubler !

La Môme « Double Shot » a acquis sa petite notoriété chez les amateurs de polars déglingués des années 1950. On ne sait toujours pas qui se cache derrière ce pseudo joliement franco-américain de George Maxwell, et c’est bien dommage. Faut dire qu’au vu du peu de rééditions jusqu’à présent (deux titres aux Belles Lettres à moitié épuisés, réédités par Jean Rollin) y’a pas de quoi se battre pour les droits d’auteurs, mais merde on aimerait savoir…
Fallait pas me doubler ! est le premier tome de la série des Môme, pas le meilleur mais il faut bien commencer quelque part.

175 pages de flingues, d’insultes, de sous entendus et de sur entendus salaces. Le résumé de l’histoire n’a pas grand intérêt mais le voici : Hope Travers, la Môme, se rend à une soirée mondaine dans les milieux du cinéma aux lits woodiens qui finit… au lit, en partouze générale comme il se doit. Quand elle reprend ses esprits, elle est couverte du sang de Peter Van Mopps, un ponte. Sauf qu’elle n’a rien fait, contrairement à ce qu’annoncent les journaux du lendemain. Elle largue le type dans le lit duquel elle s’est retrouvée au matin et commence une cavale estivale. Pour vous donner un idée du climat : « Il plombait un soleil terrible, et la sueur me dégoulinait sur la gueule et le long du dos jusque dans la raie des fesses ». Vous l’aurez compris, la Môme a du coffre, des balles et une langue bien pendue. Sur sa route elle croise un Noir qui la prend en stop, et pas qu’en stop (occasion de quelques pages qui puent bien le racisme et les « ya bon » à la Hergé).

Hope lit dans les canards que Mildred Ellis, la maîtresse du défunt et Perry Walligby, son secrétaire, l’accusent du meurtre. Elle n’aura de cesse de faire chauffer le Luger pour se venger d’eux. Avant cela elle zone au gré des rencontres et du paysage. « Il faut arbsolument (sic, festival de coquilles au rdv) que je profite des ressources du coin pour me refaire suffisamment, si je ne veux pas me faire poisser comme un vulgaire peigne-cul », c’est pas de la grande littérature ça ?

La suite : elle rencontre Arthur Mattew, propriétaire d’un casino qui lui propose un boulot. Il ne la balancera pas aux flics, en échange elle aura pour mission de surveiller Zacco qui gère les lieux et qu’Arthur soupçonne de lui piquer du fric. La Môme accepte le boulot et les caresses d’Arthur. Elle change d’identité, de coupe de cheveux et de couleur d’yeux. Rapidement, Zacco la drague et lui explique qu’Arthur est un cave et qu’elle n’a pas besoin de lui. Le même Zacco supprime purement et simplement le proprio quelques pages plus loin. Dès lors Hope se fait un ennemi de plus. La suite n’est qu’une succession de fusillades, de voitures cramées et de scènes de catch féminin (p.138 pour les amateurs) menant à la double vengeance, car tout se fait en double chez la Môme, comme les trous dans le crâne de ses ennemis.

Quelques citations de choix et les plus belles coquilles (ou les deux à la fois) :

« Et c’est pas pour dire mais, moi quand je m’y mets, suis la reine des conasses (sic)»
« Il fait noir comme dans une cervelle de député »
« J’y vais, dis-je… toi, vas tenir compagnie à ce chaueffur (sic) qui s’enquiquine tout seul dans sa bassine. »
« Une belle double-mouche que t’as fait, me cria-t-il du plus loin ; en désignant l’endroit yavec (sic) son pouce. »

Certains tomes de la Môme, peut-être pas écrits pas le même auteur, laissent éclater des perles poétiques entre les pages de vulgarité et de "bang bang he shot me down". Pas dans celui-là hélas. Allez donc, tant que vous y êtes, lire ou relire l’excellent texte sur J’veux mon blé de ce cher ROBO32.EXE

mardi 10 juin 2008

Ira Hagen


Page volante d’une revue, cette photo d’Ira Hagen est probablement une des seules photos de l’actrice trouvables sur le net, et c’est bien dommage pour la mémoire de ce joli brin de brune.
Ira Hagen a joué dans Donne… Botte e Bersaglieri de Ruggero Deodato en 1968, Der Moderclub von Brooklyn de Werner Jacobs en 1967 et Funeral in Berlin de Guy Hamilton, un an plus tôt, de même que dans Playgirl de Will Tremper, films dont j’ignore tout. Peut-être que parmi les spécialistes de cinéma qui me lisent…


Après un bon gros mois d'absence et de découragement... Ce blog reprend sur un rythme non défini. En gros je posterai quand j'aurai du temps, tout d'un coup, puis plus rien, ou régulièrement, bref, j'en sais rien. Merci pour les encouragements de la dizaine de lecteur/trices réguliers. Si je n'avais pas peur de vomir je reprendrais ces mots de James Blunt, "you're beautiful"!

jeudi 22 mai 2008

Nobuo Asada

Pas grand chose à voir avec le reste de ce blog mais je suis tellement admiratif des quelques (rares) photographies que j'ai pu trouver de cet artistes sur le net que je voulais les faire découvrir.

mardi 20 mai 2008

Catalogue des Editions du Bébé Noir / La Brigandine

Encore une fois, voici un post dont l'idée vient de l'excellent Dr. Orlof.
J'ai déjà consacré un post à l'un des titres de la Brigandine, excellente maison d'édition du début des années 1980, mêlant pornographie libertaire, élans situationnistes et délires en tous genres. Rien que les titres de ces savoureux ouvrages donnent une idée de l'ampleur des dégâts.
Derrière un grand nombre de pseudos se cachent les francs-tireurs Jean-Pierre Bouyxou (Georges de Lorzac, Jérome Fandor, Georges Le Gloupier, Claude Razat, Elisabeth Bathory, Philarète de Bois-Madame...), Raoul Vaneigem (Julienne de Cherisy) ou le traducteur Frank Reichert (Luc Azria, Francis Carter, Gary Semple, Gilles Soledad, Luc Vaugier)*

Après quelques recherches sur les sites de ventes, j'ai collecté une belle liste (non exhaustive mais presque) des titres publiés par le Bébé Noir puis La Brigandine, classés par auteur, accompagnés de quelques scans. D'autres couvertures seront postées sur mon autre blog. Chaud devant!
* source.


Editions du Bébé Noir

D
Philippe Despare. Les Emois de Marie
Frank Dopkine. Le Loup et la Gnole
Frank Dopkine. Dégelées précoces
Frank Dopkine. Science Friction
Frank Dopkine. Des diams de petite vertu
Gilles Derais. La Peau lisse des nurses
F
Sébastien Frac. Canebière pression
Virginie Floreffe. Eros et Camés
G
Jimmy Garcia. A corps et à crime
Judith Gray. Julie la rouste
L
Anne de Launay. L’île aux délices
Nicolas Le Scanff. Cris et Suçottements

M
Natacha Muller. Les Mensonges d’une nuit d’été
Georges Moreville. Des gars, des os
Georges Moreville. Pour une poignée de taulards
N
R. Numos. L’Argent n’a pas de pudeur
Numos. La motarde de Dijon
Numos. L’abbaye ne fait pas le moine
Dominique Nangis. Satyre à conséquences
P
Dan Perrot. Un vrai temps de tous seins
R
Claude Razat. Trafics de coquine
Claude Razat. Ciné à mateurs
Claude Razat. Frankenstein, de filles en aiguilles
V
Luc Vaugier. C’est pas toujours la veuve qui porte le deuil
Luc Vaugier. Le dernier Don Juan de la nuit
Luc Vaugier. Des coups et des douleurs


Editions La Brigandine :


A
Luc Azria. Les feux de la crampe
Luc Azria. Choyez gentille
Luc Azria. L’enfilosophie dans le boudoir
Luc Azria. Le droit à la caresse
B
Elisabeth Bathory. S.O.S mes deux seins
Hurl Barbe. Les sept mercenaires
Hurl Barbe. Pompe le mousse
Philarète de Bois Madame. Science et vit
Barboura Bajoie. L’étroit petit cochon
C
Julienne de Cherisy. La Vie secrète d’Eugénie Grandet
Pierre Charmoz. Cime et châtiment
Francis Carter. L’Enfer n’est plus de saison

D
Gilles Derais. Les sept merveilles du monstre
Frank Dopkine. Des chibres et des lettres
Frank Dopkine. Crapules au vert
Frank Dopkine. Salle des Vamps
Pierre Dubois. God save the crime
E
Jacques Erial. L’étrangère étranglée
F
Jérôme Fandor. Ton corps et tatoué.
Jérôme Fandor. L’Epiée nue
Barbara Feige. Une fille à la patte
G
Sébastien Gargallo. Chaud business
Sébastien Gargallo. Groupie mains rouges
Sébastien Gargallo. Tiens voilà du Bouddha
Sébastien Gargallo. Un vice à papa
Sébastien Gargallo. Marie chantage
Sébastien Gargallo. Rien faire et les séduire
Sébastien Gargallo. Le flambeur demi sel
Sébastien Gargallo. Le Kamikaze de l’Oncle Tom
Sébastien Gargallo. Le fossile et le marteau
Eric Guez. Le Feu occulte
Eric Guez. T’as d’beaux vieux tu sais
Eric Guez. Pelottes d’hellenes
Eric Guez. Des coups plein l’aïeul
Eric Guez. Oracle O désespoir
Eric Guez. Des Mutants de Panurge
Eric Guez. Pastille d’amante
Eric Guez. Le bal des petits vits blancs
Eric Guez. La Belge au bois dormant
Eric Guez. L’Homme des tavernes
Eric Guez. Le Savant de Marseille
Eric Guez. Les maléfices à papa
Eric Guez. Le Massacre du printemps
Sébastien Gargallo. Un vice à papa
Sébastien Gargallo. Tout pour l’égoût
Frédéric Georges. Tel père tel vice

L
Georges Le Gloupier. Sévices après vamps
Georges Le Gloupier. Les accidents de l’amer
Georges de Lorzac. La Loque à terre
Georges de Lorzac. Les Clystères de Paris
Francis Lotka. Le popotin de la commère.
Francis Lotka. La rousse au petits roberts
Francis Lotka. Pour qui sonne le gland
Francis Lotka. L’odeur du bookmaker
Francis Lotka. Dérèglement de compte
Francis Lotka. Ice crime
Francis Lotka. Des hommes sans cible
Francis Lotka. Louche écossaise
M
Florent Massada. L’agent n’a pas d’odeur
Florent Massada. Tapinage artistique
Florent Massada. Une femme dans chaque pore
Florent Massada. Strip à la mode de Caen
Frank Murdoch. Sucettes à la Nice
Frank Murdoch. Tétins Et Mi-Lourds
Frank Murdoch. Transes Eros Express
Frank Murdoch. Sans tabou ni trompette
P
Jonathan Pibrac. La Garce Champêtre
Jonathan Pibrac. Le vice dans la vallée
Philippe Packart. Les torchons et les soviets
Philippe Packart. Bloody mairie
Humphrey Paucard. L’ulster à l’estomac
R
Claude Razat. Sorcellerie rémoulade.
Julie Renoir. La peau sur le revenu
Benjamin Ruppert. Loin des yeux loin du tueur
Benjamin Ruppert. Faux mage ou dessert
Benjamin Ruppert. Déclic et des claques
Benjamin Ruppert. Les potins de la comète
Benjamin Ruppert. Chaud effroi
Benjamin Rupert. Les Trois Moustiquaires
Benjamin Rupert. Sabbat, ça vient
Benjamin Rupert. Trop poulet pour être honnête
Benjamin Rupert. Lubriques à braque
Benjamin Rupert. A poil et à vapeurs
S.
Gary Semple. Les hommes préfèrent les bombes
Gary Semple. La musique adouçit les meurtres
Gilles Soledad. Dollars ou du cochon
Gilles Soledad. Langes bleus
Gilles Soledad. Interdit aux mains de 16 ans
Gilles Soledad. La Maldonne des sleepings
Gilles Soledad. Un petit salé aux Antilles
Gilles Soledad. Attouchements sans douleurs
Gilles Soledad. Fêtes de fins damnés
Gilles Soledad. En avant l’amnésique !
Carlotta Simpson. L’éducation gentiment sale
V
Jean-Louis Villiers. Embrouilles à minettes


dimanche 18 mai 2008

la multiplication des carrefours

Suite à un échange avec Dr.Orlof, l'idée m'est venue de consacrer un autre blog aux couvertures de romans que j'aimerais posséder, pour constituer une sorte de bibliothèque idéale du bizarre.
Rendez-vous donc aussi par-là : http://frenchbookcovers.blogspot.com/

Retour de chine - 18 mai 2008

Comme un dimanche sur deux, petite visite au marché du livre d'occasion de la place Brassens (métro Porte de Vanves pour les parisiens).

Dans les trouvailles du jour, du roman "fin de siècle" avec Jean Lorrain, du Max Jacob, de l'anarchisme avec Han Ryner et le fondateur des J.A.R. Jean-Pierre Rosnay. Plutôt bonne pioche donc.