mardi 24 juin 2008

Osman Walter (G.J. Arnaud) Love Cab. Ed. Euredif, coll. Aphrodite Classique, 1978

On connaît surtout G.J. Arnaud pour sa prolifique production de romans policiers et d’espionnage au Fleuve Noir et pour nombre d’autres éditeurs, ainsi que pour La Compagnie des Glaces, grande fresque de S.F que je n’ai pas lue. Son œuvre érotique et gore reste à découvrir. Penchons nous pour l’instant sur le premier volet. Bien que les érotiques d’Arnaud soient des œuvres de commande, l’auteur a répété dans des interviews qu’il assumait ces textes (bien plus que des romans gore d’ailleurs). On le comprend en lisant ce superbe Love Cab.

Je vais encore une fois parler de TOUT le livre... Pour ceux qui seraient tentés, ne lisez pas ce post en entier. Toutefois, un livre érotique (celui-ci en tout cas ne repose pas essentiellement sur le déroulement d'une intrigue, donc pas de suspense, peu de chance que je vous gâche la lecture cette fois)

L’histoire se déroule à la fin du XIXème siècle à Londres, époque de répression morale assez lamentable. On pense à Oscar Wilde d’ailleurs cité dans le livre à plusieurs reprises.
Lord Thomas Baker se retrouve seul chez lui car sa femme est partie pour plusieurs semaines dans sa famille française. Se rendant à son club (où Conan Doyle est présent), il croise Michael Abboth, « le plus exécrable raseur de la capitale et peut-être même de l’empire ». Ce dernier lui raconte que dans les profondeurs du fog londonien, la nuit, surgit parfois un mystérieux véhicule, le Love Cab. Deux femmes l’occupent, l’une conduit et l’autre prodigue les caresses les plus exquises. Pour 20 guinées, Abboth s’est fait caresser le sexe par une main « fine et délicate, gentiment enduite d’une pommade parfumée à l’œillet ».
Thomas Baker est intrigué autant qu’incrédule. Il devra lui-même se faire une opinion…
Plus tard, il se rend chez Peter Richter, l’un de ses amis, chez qui il lorgne sa sœur Emily et sa demoiselle de compagnie Rita. Peter, plus libéré que Thomas, lui révèle que ces deux-là entretiennent des rapports lesbiens qui défient toute morale. Thomas, offusqué, se souvient alors de ses émois de collégien avec des hommes. Son homosexualité refoulée refait surface quand Thomas Baker se dénude devant lui pour prendre son bain…
Le chapitre 3 nous apprend que Rita et Emily, la sœur de Peter, sont en réalité les deux beautés qui hantent les rues sombres de la capitale à la recherche de clients. Rita, bisexuelle libérée est en révolte contre « la société, la famille, les règles de cette morale victorienne si étroites ». C’est elle qui a initié Emily la lesbienne aux rapports hétérosexuels tarifés, anaux, bucaux et autres…
Abboth, déambulant sans fin dans les rues mal éclairées dans l’espoir de croiser à nouveau le chemin du Love Cab, parvient une nouvelles fois à se faire vider la (les) bourse(s) par les mystérieuses passagères du cab, mais cette fois il emmène avec lui un mouchoir qu’il leur subtilise. Sur celui-ci sont brodées les lettres R et S. Dès lors il n’a plus qu’un objectif, démasquer ces deux prostituées et toucher la récompense promise par de nombreux moralisateurs londoniens.

De son côté, Thomas, invité chez les Richter (H.G. Wells est également de la fête), découvre le nom de famille de Rita et commence à comprendre… Cela ne l’empêche nullement de se mettre au lit avec Rita. G.J. Arnaud s’en donne à cœur joie dans les descriptions pornographiques. Prudes lecteurs passez votre chemin ! « Son plaisir parut drainer autre chose que son sperme et il fut certain que son sang, sa moelle épinière giclaient au bout de son sexe dans le corps de cette fille »… Thomas se rassure en prenant là un plaisir honnête, hétérosexuel. Mais son attirance pour les hommes n’en a pas moins disparu…
Arnaud poursuit par un passage anticlérical savoureux en faisant entrer un clergyman dans le Love Cab. L’homme d’église pensait trouver là un banal taxi mais comprit vite son erreur…
Rita et Emily prennent peur. Etre démasquées les priveraient de leur plaisir secret et de revenus bienvenus. Emily, suivant les enseignements libertins de Rita, prend de plus en plus de plaisir à faire cela, même si à l’origine, elle se prostitue pour défendre la cause socialiste : « Il est juste que la société capitaliste, ces bourgeois fortunés et ces lords méprisants, soient dépouillés en partie de leurs biens. Et c’est lutter contre la religion que de les faire payer pour leurs vices les plus honteux » s’exclame-t-elle ! Arnaud se montre ici le plus abouti des libertins et le plus motivé des libertaires. Il pousse la logique de son propos très loin en proposant une scène homosexuelle très explicite entre Thomas et Peter (p. 130 pour les amateurs) puis en mêlant tous les vices et tous les plaisirs. La fin du livre est une apothéose de subversion puisque les 4 personnages principaux, Thomas, Peter, Emily et Rita (Peter et Emily étant frère et sœur) finissent par déjouer les investigations de Michael Abbott et se retrouvent face à face avec leurs désirs secrets. Inceste, homosexualité, sodomie, un festival de tabous judéo-chrétiens éclate dans les dernières pages. Les quatre lurrons décident même de créer un deuxième Love Cab pour proposer aux londoniens toute la gamme des plaisirs que la morale leur interdit.
J’avoue qu’avant d’avoir lu ce livre j’imaginais mal G.J. Arnaud en chantre et continuateur des libertins du XVIIIème, pourtant…
Je conseille donc vivement à tous les esprits ouverts de compléter leur bibliothèque secrète de ce petit bijou de subversion carabinée !

5 commentaires:

manuel a dit…

"Inceste, homosexualité, sodomie, un festival de tabous judéo-chrétiens"

That sounds juicy!

Clifford Brown a dit…

Voilà un auteur que j'ai toujours dédaigné (j'ignorais même qu'il avait commis quelques érotiques).
Tout comme cette collection Aphrodite qu'on croise pourtant assez fréquemment d'ailleurs.

losfeld a dit…

Il y a du Isou et de Maurice Raphael chez Aphrodite, et pas mal d'autres choses à sauver. Quant à GJ Arnaud j'avais aussi de gros a-priori mais je découvre vraiment un super auteur. Il ya quelques Fleuve Noir dont j'aurai à parler un jour...

Clifford Brown a dit…

Ah oui ? Mince, je vais me pencher sérieusement sur cette colection alors, je pensais qu'il ne s'agissait que de rééditions de vieux classiques de l'érotisme en fait.

Martian Shaker a dit…

J'ai trouvé Love Cab sur les quais, je me souvenais du médaillon en première de couv, avec cette tête d'adolescente aux grands yeux effrontés. C'est bien écrit, un poil précieux comme j'aime. Le côté "roman de moeurs" l'emporte d'ailleurs sur les passages érotiques.