mercredi 2 juillet 2008

New link: Anonymous works

Nouveau lien dans mes favoris, découvert grâce à outrepart! Joey présente quelques rares photos étranges, fantastiques, oeuvres d'art anonymes, glânées sur quelques sites de vente pour la plupart. Un peu l'équivalent de mon autre blog mais avec des photographies, des sculptures ou d'autres objets invitant à la rêverie. Bravo Joey pour cette ouverture sur des mondes parallèles!

Visit Anonymous works!

mardi 1 juillet 2008

Wolf Eyes cover art

Si vous n'aimez pas leur musique, vous aimerez peut-être leurs pochettes, moi j'aime tout.

Vivat Vamp "De Mae West à Brigitte Bardot"

Joli petit livre du tout début des années 1960 présentant des photos d'actrices assez affriolantes et des dessins de Paul Flora. Il s'agit ici de l'édition publiée par Les Editions du temps, mais il en existe aussi une éditée par Pauvert.



George Slegan. Duels avec la mort (ed. C.P.E)


George Slegan. Duels avec la mort (ed. CPE, non daté)

Un post spécial espionnage sur Muller-Fokker Pulpbot Effect me fit prendre conscience d’une immense lacune dans ma culture littéraire… Je n’avais jamais lu un roman d’espionnage en entier. Voilà chose faite après une dose de motivation, et une mégadose de courage pour terminer ce machin.
Autant le dire tout de suite, ce livre est une catastrophe, ce George Slegan un tâcheron sans talent. Les éditions C.P.E., que j’affectionne particulièrement pour leurs couvertures sexy m’ont rétamé sur ce coup-là. En 238 pages, pas une scène sexy, un peu d’action à la fin… quant au reste…
Pour la forme, et pour me servir d’aide-mémoire, je résume le bousier vite-fait :

Viveca Fulton est une femme magnifique. Son mystérieux patron lui confie une mission, se présenter pour une annonce recherchant une femme sublime pour un voyage dans un pays de l’Est afin de jouer le rôle d’une dame de la haute. Déjà c’est crédible à mort… Elle est prise… Elle accepte un contrat de 2 ans, et se rend donc en… Boranie (une enclave perdue que doit bien connaître Borat). Durant le trajet, elle rencontre Gregory Stern, chargé de la protéger, ce qu’il fait en tuant un type qui lui paraissait louche, hop, ni vu ni connu par la porte du train en marche. On dira qu’il était bourré et qu’il voulait aller pisser…
Arrivée en Boranie, Viveca découvre qu’elle est censée remplacer la Grande Duchesse Marina, kidnappée par son propre mari le Grand Duc Serge-Michaël (que nous appelerons SM par facilité mnémotechnique). Ca tombe bien, elle est son portrait tout craché ! Le salopard de SM, aidé par son conseiller Piotre (« Piotr » qui prend un « e » final dès la deuxième mention) Raskine, a éclipsé sa femme pour lui voler le pouvoir et préparer le terrain de Nicolas Sarkozy. Vous ne comprenez rien ? SM, fier de son nouveau pouvoir, instaura aussitôt « la loi des 66 heures », afin que ces braves Boraniens travaillent plus pour gagner plus. C’est con, au lieu de se réjouir, ils manifestent... Et puis leur duchesse a disparu, c’est louche ça…
La pauvre Viveca est donc bien dans la merde. Elle doit faire la potiche et remplacer la duchesse des duchesses. Sauf qu’elle comprend peu à peu sa mission. Avec l’aide du beau Grégory (rencontré dans le train) dont elle tombe amoureuse (sans dé-con-ner) et d’un français dépêché sur place, elle doit retrouver la duchesse captive et la remettre sur son trône. Tel est le souhait des services secrets anglais pour qui elle travaille !! Bah, elle va y arriver, voilà.

Citations :
« Nous avons ainsi trois crimes sur la conscience… mais nous ne croyons guère à la vie éternelle, pauvres de nous !… et nous demeurons de tout petits garçons à côté d’Hitler ! Il était notre grand maître à tous ! » (SM faisant le grand méchant à la page 175)

« Le dénommé Yosef, sorte d’armoire normande privée de cerveau mais douée de deux battoirs et d’une gueule de cauchemar, se pencha sur le corps qu’il mit debout d’une seule main. De l’autre, il ajusta un direct à assommer un bœuf. Leduc, soulevé de terre, alla s’abattre à trois mètres. Le brave Yosef découvrit ses dents pourries en un large sourire satisfait » (un personnage secondaire savoureux, p.185)

« - Quelle horreur ! Chéri… Dire que notre métier nous y force parfois [à tuer sauvagement d’une balle en pleine tête faisant jaillir la cervelle de l'ennemi] ! Quand cela s’arrêtera-t-il ?
Il caressa la chevelure de Viveca, regarda la bonne tête de Leduc…
- Quand il n’y aura plus un seul nazi sur la planète, dit-il. »
(le plus beau et bouleversant dialogue de toute la littérature… et du cinéma compris, p.211)

lundi 30 juin 2008

Monkey see Monkey do


Suite à un joli post du 27 juin 2008 à base de gorilles énervés sur le blog Undead film critic, une pièce de plus dans la collection, tirée de la revue Enquêtes. Il a l'air FEROCE !

dimanche 29 juin 2008

Jehan Sylvius !

Jehan Sylvius. Messes noires (Editions de Lutèce, 1929, couv. de Matutano)

Encore un livre bien mystérieux ! Ce n’est pas sur le net que l’on trouvera des informations en tout cas… Qui est donc Jehan Sylvius ? La question se pose souvent au sujet d’un autre livre dont il est le co-auteur avec Pierre de Ruynes, La Papesse du Diable (réédité par… Eric Losfeld puis par Ombres plus récemment). Pour certains, il s’agit de Robert Desnos, Pierre de Ruynes étant quant à lui Ernest de Gengenbach (ou Genbach). Pour d’autres, Jehan Sylvius serait un poète oublié du nom de Pierre Renaud (cité dans ce livre p.119). Mais le mystère demeure !
Je garde un souvenir très mitigé de La Papesse du Diable. Ce livre-ci, au contraire, m’a beaucoup plus intéressé. Se présentant tout d’abord comme une immersion dans les milieux satanistes et lucifériens sans aucune prise de position (un peu à la Ange Bastiani-Maurice Raphaël dans les milieux interlopes), l’ouvrage vire de bord vers un fatras occultiste où tout se mélange (sabbat, messe noire, envoutement et même vampirisme… le narrateur de ces « choses vues » est même violé par deux succubes), puis vers un texte racoleur décrivant par le menu les pratiques sexuelles de bien étranges rituels, pour finir par un chapitre complètement déjanté voulant prouver au monde que le retour d’Isis* Trismégiste est imminent, très attendu du moins… au point que le narrateur l’implore de toute son âme dans une déclamation incantatoire du plus bel effet. Je crois qu’on entre encore ici dans la folie littéraire la plus pure. Si je devais avancer une hypothèse sur l’identité de l’auteur, je pencherais volontiers pour Gengenbach. Ce dernier est d’ailleurs cité à deux reprises dans le livre, et ses ouvrages sont évoqués comme des références. L’auteur, Desnos, Gengenbach, Pierre Renaud ou qui que ce soit d’autre, possède, quoi qu’il en soit, une connaissance approfondie de l’occultisme (ou de très bons dictionnaires à portée de main). Les citations et les références abondent, littéraires (Huysmans, Rachilde, Verlaine etc.) ou occultes (Pic de la Mirandole, Eliphas Levi, Papus etc.) Le surréalisme fait une courte apparition en la personne d’Aragon, cité pour un article dans la Révolution Surréaliste, ce qui me pousse à penser que Gengenbach n’est pas loin. Quant à Desnos, j’ai tout simplement du mal à l’imaginer derrière tout ça, mais pourquoi pas… Je n’apporterai pas ici la clé d’une énigme qui mérite presque de le rester tant le mystère est inquiétant. Et vive Satan ! Qu’il nous en bouche un coin !

Quelques citations :
« Soudain, Satan s’immobilisa et, retirant lentement son trench-coat, il apparut nu, grandi démesurément sous la pleine lune qui éclairait la scène de blêmes lueurs, le bras gauche levé, l’index tendu, et en tenant de la main droite son phallus dressé, gigantesque et rosé au bout […] Toutes lui baisaient d’abord les pieds et remontant, frôlant de leurs lèvres ses jambes, elles arrivaient jusqu'au sexe. Les unes le baisaient longuement et passionnément, ravies d’extase ; les autres le mettaient tout entier dans leurs bouches (sic) et l’aspirait (re-sic) goulûment » (p.95)

« Nous t’attendons, ô Isis Trismégiste, première Emanée de l’Ineffable Absolu !
En communion spirituelle avec les Initiateurs venus de l’Atlantide pour nous transmettre la Tradition Rouge,
Avec nos Maîtres, les Mages et les Hiérophantes des Sanctuaires de Thèbes, de Memphis et de Babylone,
[…]
Et puissions-nous un jour, par Ta Grâce et Ton Amour, être affranchis de l’esclavage du Démiurge, et réintégrés avec les Eons dans le sein du Divin Plérome. Amen !
FIN. »
(p201-202)


* Vous apprendrez ici, bande de béotiens, que Paris vient du nom de ses habitants Parisis, de Par-Isis, autrement dit les adorateurs d’Isis, puisqu’après les rives du Nil, bien entendu, c’est sur les bords de Seine que vécurent les plus grands adorateurs de cette déesse égyptienne… On ne rit pas, il y a foule de sites qui défendent ces absurdités, et que l’Ile de la Cité avait la même forme que la barque d’Isis et qu’un temple secret dédié à la déesse est caché sous Notre-Dame etc, etc.

Jean Shrimpton


samedi 28 juin 2008

Entroducing...

Un des grands intérêts de ce gros bouffe temps d'Internet est de rencontrer des gens qui partagent la ou les mêmes passions que vous. Il est temps de faire un peu de pub, donc!

Entroducing :
Un cochon de plus dans mes liens (no offense William if you try to translate, i don't mean you're a pig, "cochon" is more like naughty, interested by hot stuff etc...), bouquiniste à Brooklyn (après Selena Kimball, elle aussi de Brooklyn...) et visiblement passionné par la littérature populaire et les belles couvertures aguicheuses...

La suite ici et sur son blog! Bonne visite bande de pervers...

Entroducing 2:
Un lettré également que ce Will, qui partage avec moi le goût des littératures oubliées (mais moins cochonnes): surréalisme, auteurs méconnus ou trop peu comme Robert Walser, René Daumal...



Allez donc laisser vagabonder vos yeux dans ces contrées!

mercredi 25 juin 2008

Selena Kimball

Le temps de découvrir cette artiste, de la contacter, d'avoir son accord et de faire ce post, une heure... pas plus. Voilà donc une découverte fulgurante!
Selena Kimball est peintre, photographe et collagiste. Elle vit à Brooklyn et expose un peu partout dans le monde. Son travail a fait l'objet de publications... Une petite visite sur son site vous en dira beaucoup plus.
Ses collages ont tout de suite attiré mon oeil par leur affinité avec l'esprit surréaliste, cette inquiétante étrangeté née de la juxtaposition qui me plonge dans une rêverie étrange et agréable. J'espère que vous partagerez mon avis...
Merci Selena!

mardi 24 juin 2008

John Zorn Live


Ca doit bien faire une douzaine d'années que j'écoute John Zorn, les groupes qu'il produit, les groupes qui gravitent autour de lui, et je ne l'avais jamais vu en concert. Si j'avais soudain une rentrée d'argent (plus que) conséquente, je me précipiterais sur tout son catalogue Tzadik. Bref, je crois que, malgré quelques périodes de lassitude et quelques revirements, je peux dire que, j'aime, John, Zorn.
Hier soir fut donc le grand soir, la belle rencontre. L'affiche était assez exceptionnelle à vrai dire. Et encore ce n'est que le premier concert d'une belle série que propose en ce moment la Cité de la Musique. Par manque de thune, je n'aurais vu que celui-là.
Le concert s'est déroulé en trois parties; D'abord Necrophiliac! Le trio Zorn, Fred Frith (infatigable guitariste expérimentant toutes les sonorités et tous les univers accross the border) et Mike Patton (ex Faith No More et désormais vocaliste (?) fou (!) et membre de plusieurs entités assez côtées dont Fantomâs. Dès la première note stridente du saxophone survitaminé de Zorn, ma voisine de droite (qui accompagnait son mari plus qu'elle n'assistait au concert) s'est obstrué les oreilles de deux majeurs pointus qu'elle ne décollera de ces petites cavités proprettes (je l'espère) qu'à la dernière seconde. J'étais ravi. Ma voisine de gauche, qui partage, en plus de ce concert, sa vie avec moi, s'est décidée à "ne pas lutter contre le bruit, à se laisser immerger". Au final je crois que ce boucan l'a bercée... Elle est d'ailleurs capable de se détendre et même de se relaxer en écoutant du Wolf Eyes... chose rare qui fait que je l'aime et que je ça risque de continuer. Fermons-là cet aparté qui n'intéresse strictement que moi...

Bruyant, brutal et beau fut ce jet d'adrénaline juvénile car comme les Sonic Youth qui approchent de la papitude, les musiciens "zorniens" ne cessent d'être jeunes et de transmettre un peu de leur rage d'il y a presque 30 ans. L'adéquation entre eux est également quelque chose de fascinant à observer. Ces gars-là se connaissent sur le bout des ongles. Chaque morceau, calibré et ciselé à la seconde est un défi d'interprétation tant Zorn aime jouer des brusques changements d'univers, de rythme, faisant de la rupture un étonnant moteur d'innovation et de renouvellement. On ne s'ennuie jamais!
La deuxième partie fut consacrée au trio infernal qui n'a plus rien à prouver: Painkiller! A savoir Zorn, Bill Laswell à la basse et le cinglé de batteur Mick Harris (Napalm Death, Scorn...) Ce trio-là aussi forme une entité incroyable. Chaque écart, chaque improvisation est l'occasion d'un exercice ludique entre eux, et ça se sent. Qui poussera qui vers la fausse note, vers le dernier retranchement... La basse dub de Laswell sur le flot tonitruant de la batterie grind core de Mick Harris... Le souffle furieux de Zorn sur un silence aussi profond que bref... Violence, équilibre et splendeur furent les maîtres mots de ce moment d'intensité funambulesque.
Pour finir, l'équipe au complet rejoignit la scène pour un agréable chaos organisé fait de brefs morceaux ultra violents dont le rappel qui fut si bref qu'il provoqua quelques sifflets rageurs, laissant la moitié de la salle perplexe (22 euros quand même, merde) et l'autre ravie. Je me place dans la deuxième catégorie, sans aucun doute. Putain j'ai enfin vu Johnny Zorno!

Quelques photos pas top because j'étais LOIN et que mon Canon a à moitié rendu l'âme depuis quelques mois. Pis c'était pas vraiment autorisé alors j'ai fait ce que j'ai pu. Pour les plus curieux (et les plus masos, une vidéo de 5 minutes toute floue de l'entrée sur scène de Painkiller!)

Et la vidéo c'est par là

Osman Walter (G.J. Arnaud) Love Cab. Ed. Euredif, coll. Aphrodite Classique, 1978

On connaît surtout G.J. Arnaud pour sa prolifique production de romans policiers et d’espionnage au Fleuve Noir et pour nombre d’autres éditeurs, ainsi que pour La Compagnie des Glaces, grande fresque de S.F que je n’ai pas lue. Son œuvre érotique et gore reste à découvrir. Penchons nous pour l’instant sur le premier volet. Bien que les érotiques d’Arnaud soient des œuvres de commande, l’auteur a répété dans des interviews qu’il assumait ces textes (bien plus que des romans gore d’ailleurs). On le comprend en lisant ce superbe Love Cab.

Je vais encore une fois parler de TOUT le livre... Pour ceux qui seraient tentés, ne lisez pas ce post en entier. Toutefois, un livre érotique (celui-ci en tout cas ne repose pas essentiellement sur le déroulement d'une intrigue, donc pas de suspense, peu de chance que je vous gâche la lecture cette fois)

L’histoire se déroule à la fin du XIXème siècle à Londres, époque de répression morale assez lamentable. On pense à Oscar Wilde d’ailleurs cité dans le livre à plusieurs reprises.
Lord Thomas Baker se retrouve seul chez lui car sa femme est partie pour plusieurs semaines dans sa famille française. Se rendant à son club (où Conan Doyle est présent), il croise Michael Abboth, « le plus exécrable raseur de la capitale et peut-être même de l’empire ». Ce dernier lui raconte que dans les profondeurs du fog londonien, la nuit, surgit parfois un mystérieux véhicule, le Love Cab. Deux femmes l’occupent, l’une conduit et l’autre prodigue les caresses les plus exquises. Pour 20 guinées, Abboth s’est fait caresser le sexe par une main « fine et délicate, gentiment enduite d’une pommade parfumée à l’œillet ».
Thomas Baker est intrigué autant qu’incrédule. Il devra lui-même se faire une opinion…
Plus tard, il se rend chez Peter Richter, l’un de ses amis, chez qui il lorgne sa sœur Emily et sa demoiselle de compagnie Rita. Peter, plus libéré que Thomas, lui révèle que ces deux-là entretiennent des rapports lesbiens qui défient toute morale. Thomas, offusqué, se souvient alors de ses émois de collégien avec des hommes. Son homosexualité refoulée refait surface quand Thomas Baker se dénude devant lui pour prendre son bain…
Le chapitre 3 nous apprend que Rita et Emily, la sœur de Peter, sont en réalité les deux beautés qui hantent les rues sombres de la capitale à la recherche de clients. Rita, bisexuelle libérée est en révolte contre « la société, la famille, les règles de cette morale victorienne si étroites ». C’est elle qui a initié Emily la lesbienne aux rapports hétérosexuels tarifés, anaux, bucaux et autres…
Abboth, déambulant sans fin dans les rues mal éclairées dans l’espoir de croiser à nouveau le chemin du Love Cab, parvient une nouvelles fois à se faire vider la (les) bourse(s) par les mystérieuses passagères du cab, mais cette fois il emmène avec lui un mouchoir qu’il leur subtilise. Sur celui-ci sont brodées les lettres R et S. Dès lors il n’a plus qu’un objectif, démasquer ces deux prostituées et toucher la récompense promise par de nombreux moralisateurs londoniens.

De son côté, Thomas, invité chez les Richter (H.G. Wells est également de la fête), découvre le nom de famille de Rita et commence à comprendre… Cela ne l’empêche nullement de se mettre au lit avec Rita. G.J. Arnaud s’en donne à cœur joie dans les descriptions pornographiques. Prudes lecteurs passez votre chemin ! « Son plaisir parut drainer autre chose que son sperme et il fut certain que son sang, sa moelle épinière giclaient au bout de son sexe dans le corps de cette fille »… Thomas se rassure en prenant là un plaisir honnête, hétérosexuel. Mais son attirance pour les hommes n’en a pas moins disparu…
Arnaud poursuit par un passage anticlérical savoureux en faisant entrer un clergyman dans le Love Cab. L’homme d’église pensait trouver là un banal taxi mais comprit vite son erreur…
Rita et Emily prennent peur. Etre démasquées les priveraient de leur plaisir secret et de revenus bienvenus. Emily, suivant les enseignements libertins de Rita, prend de plus en plus de plaisir à faire cela, même si à l’origine, elle se prostitue pour défendre la cause socialiste : « Il est juste que la société capitaliste, ces bourgeois fortunés et ces lords méprisants, soient dépouillés en partie de leurs biens. Et c’est lutter contre la religion que de les faire payer pour leurs vices les plus honteux » s’exclame-t-elle ! Arnaud se montre ici le plus abouti des libertins et le plus motivé des libertaires. Il pousse la logique de son propos très loin en proposant une scène homosexuelle très explicite entre Thomas et Peter (p. 130 pour les amateurs) puis en mêlant tous les vices et tous les plaisirs. La fin du livre est une apothéose de subversion puisque les 4 personnages principaux, Thomas, Peter, Emily et Rita (Peter et Emily étant frère et sœur) finissent par déjouer les investigations de Michael Abbott et se retrouvent face à face avec leurs désirs secrets. Inceste, homosexualité, sodomie, un festival de tabous judéo-chrétiens éclate dans les dernières pages. Les quatre lurrons décident même de créer un deuxième Love Cab pour proposer aux londoniens toute la gamme des plaisirs que la morale leur interdit.
J’avoue qu’avant d’avoir lu ce livre j’imaginais mal G.J. Arnaud en chantre et continuateur des libertins du XVIIIème, pourtant…
Je conseille donc vivement à tous les esprits ouverts de compléter leur bibliothèque secrète de ce petit bijou de subversion carabinée !

vendredi 20 juin 2008

Scandinapoil

Lettrisme

Petite visite chez un soldeur et bonne surprise, des livres qu'ils vendaient depuis des années à des prix assez élevés (20-30 euros) passés à 5-20 €... de quoi faire une razzia lettriste... Je connais un de mes lecteurs qui convoite les Isou... Si ça te dit je t'en prendrai quelques uns.

mercredi 18 juin 2008

Pin-up du mois (4) juin 2008


Avec tout ça j'allais oublier la pin-up du mois... doublure de S. Loren paraît-il...

Imdb a dit: Luisa Baratto, Liz Barrat, Liz Barret, Louise Barret, Liz Barrett, Louise Barrett.
- Colpo di stato (1969) (as Liz Barrett)
... aka Coup D'Etat (International: English title)
- Lungo giorno del massacro, Il (1968) (as Liz Barret) .... Lara
... aka The Long Day of the Massacre
- Invincibile Superman, L' (1968) (as Liz Barrett) .... Gloria Devon
... aka Re dei criminali, Il (Italy: alternative title)
... aka Superargo (UK)
... aka Superargo and the Faceless Giants
... aka Superargo the Giant
... aka Superargo, el gigante (Spain)
... aka The King of Criminals
- Pistolero segnato da Dio, Il (1968) (as Liz Barrat)
... aka Due pistole e un vigliacco
... aka Gunman Sent by God (USA)
... aka Two Guns and a Coward
... aka Two Pistols and a Coward (USA)
- Scacco internazionale (1968) .... Stefanie MacConnell
... aka The Last Chance (USA)
- Colpo doppio del camaleonte d'oro (1967) (as Liz Barrett) .... Micaela
- Sette winchester per un massacro (1967) (as Louise Barrett) .... Manuela
... aka 7 Winchester per un massacro
... aka Blake's Marauders (USA: video title)
... aka Payment in Blood
... aka Renegade Riders (USA)
... aka Seven Winchesters for a Massacre
... aka The Final Defeat
... aka Winchester for Hire (Australia: video title)
- Requiescant (1967) .... Lo
... aka Kill and Pray (USA: DVD title)
- Devilman Story (1967) (as Liz Barrett) .... Christine Becker
... aka The Devil's Man (USA)
- Killer Kid (1967) (as Liz Barret) .... Mercedes Hernandez
- Boia scarlatto, Il (1965) (as Louise Barret) .... Edith
... aka A Tale of Torture
... aka Bloody Pit of Horror (USA)
... aka Castello di Artena, Il
... aka Crimson Executioner
... aka Some Virgins for the Hangman
... aka The Castle of Artena
... aka The Red Hangman (USA: promotional title)
... aka The Scarlet Executioner
... aka The Scarlet Hangman
... aka Virgins for the Hangman

lundi 16 juin 2008

Ernst Ratno. Ne sont pas morts tous les sadiques, 1948.


Ernst Ratno. Ne sont pas morts tous les sadiques. Ed. Fournier Valdes, 1948.

Voilà un livre plus que singulier, une perle de la littérature trash, un bijou déglingué, un poème purulent, un des plus grands livres que j’aie jamais eu entre les mains. A tel point que j’ai hésité à en parler, pas pour garder ça pour moi mais par peur de flinguer les qualités du bouquin par ma maladresse. Ce livre tue, croyez moi !
Ernst Ratno ? On ne sait rien de ce type, sauf qu’il a publié quelques ouvrages dont, probablement, Le Festin des Charognes aux éditions du Scorpion, sous le pseudo ( ?) de Max Roussel, réédité par Jean Rollin aux Belles Lettres dans la collection Les Anges du Bizarre (et oui encore).
Max Roussel est ici présenté comme le traducteur du livre (vieux stratagème de l’auteur qui se cache derrière le traducteur). On sait aussi que Losfeld édita clandestinement ce bouquin dans les années 1950. Quelques allumés du bulbe vont jusqu’à suggérer que Max Ernst serait derrière tout ça… Bref Ratno intrigue, et il y a de quoi !

Dès la première page, on entre dans la pure hallucination d’un décor apocalyptique. S’il y a ici des âmes sensibles, passez votre chemin ! Donc, on est en Allemagne (suppose-t-on), la guerre (seconde devine-t-on) est finie, restent « les ruines », dans lesquelles Johan, un jeune type de 24 ans se débat pour survivre, tuant tout ce qui vit pour se nourrir. Tout sent la mort autour de lui, les cadavres jonchent le sol, la faim le ronge, la peur le paralyse. Il frappe un jour à la porte de « la vieille », celle qui échange son corps contre une chambre et un peu de nourriture, sous l’œil de son sale chat noir. Pendant l’accouplement, Johan est pris d’une folle panique, il ne supporte pas le rire ignoble de la vieille et l’étrangle après avoir enfoncé ses mains dans son sexe, faisant remonter les flots d’un sang poisseux ! La vieille succombe, les jambes écartées, le sexe déchiqueté par son chat qui y a enfoui son museau allègrement pour manger la confiture destinée à Johan…(vous avais prévenus)
Ce dernier sort et croise la route de William, « des cheveux noirs, des yeux d’azur, un sourire d’ange triste », une douzaine d’années de souffrances et d’abjection. Il lui sauve la vie en lui faisant fuir une patrouille et en l’abritant dans la maison de la vieille. Quelque chose de profond relie dorénavant ces deux âmes en peine. Johan se lie à William comme à un frère de misère mais William veut repartir dans « la forêt », au-delà des « ruines », un territoire inexploré que Johan ignore et redoute. Et il veut repartir seul. Johan pleurniche jusqu’à ce que William accepte de l’emmener avec lui à une condition : il fera « tout » ce qu’il lui demande, « tout ».
Et là, ce livre prend à mes yeux une dimension sordide presque inégalée depuis Lautréamont ou Sade !
Ce que le début laissait augurer d’étrange et de glauque explose dans une folie narrative stupéfiante et incontrôlable. Gore, débridé, désespéré, farfelu, foutraque, ce livre atteint les sommets du déjanté.
Johan et William partent donc vers la forêt, traversent les ruines dans une ambiance infernale dantesque, dans la folie, le froid et l’absurdité du paysage saccagé par la barbarie généralisée. « Jusqu’à quelle nuit interminable du monde devraient-ils être traqués comme des bêtes fauves, à peine un peu plus loin des quelques lumières clignotantes de la ville sombrée, où étaient tapis les repus pour d’autres carnages.
Jusqu’à quelle nuit interminable du monde, le solstice de sang devrait-il durer avant que ne se lève l’éclatante aurore de la Rédemption ? »
Arrivés au terme de leur voyage, les voici dans l’antre de William, une pièce délabrée où sont terrés 4 autres enfants : Marlène, la sœur de William, Edma, sa « femme », Georgie, petite fille chétive et Frantz, petit accordéoniste défiguré et aveugle. Rapidement, Johan comprend où il se trouve. La petite Georgie est un garçon que William déguise en femme, Frantz joue de la musique pour distraire les clients qui déchargent leur haine et leur testostérone sur ces pauvres enfants prostitués par l’abominable William. Or Johan a promis de tout faire en échange d’un toît et de nourriture. Tout faire… Vint donc un soir où « personne n’entendit son cri de douleur qui se confondit avec le vent, les rires, les chants et la jolie valse que déversait l’accordéon de Frantz. Personne, sauf peut-être William, qui eut un rictus de joie ».
Au fil des jours, il se lie d’amitié avec le petit Georgie et avec Frantz, qui lui racontent la violence de William et Edna, qui les maintiennent cloitrés ici, à la merci de types qui les violent chaque nuit contre du thé et un peu de viande. Impossible pour eux de retourner en ville car, là-bas, on kidnappe les enfants, on les tue ou on les met dans des convois sans retour, vers d’inconnues destinations. Johan lui-même sait que la ville est devenue trop dangereuse, c’est pourquoi il se terrait dans les ruines.
Il devient au fur et à mesure le compagnon d’infortune de ces pauvres enfants prostitués, subissant chaque soir l’assaut des clients ramenés par William de la ville où il s’aventure pour les ramasser.
Jusqu’au jour où Erik, un mystérieux chasseur qui passe souvent dans le bordel leur révèle à tous que William les exploite et leur ment. La ville est sûre, la guerre terminée, le travail ne manque pas, ils ne sont pas dans une forêt mais au milieu d’un minuscule bois… La ville est tout proche, derrière la colline.
Le lendemain, William tue froidement Georgie qui tentait de s’enfuir et annonce à Johan qu’il a besoin de lui pour recruter un nouveau petit garçon à déguiser en fille. Il leur faudra aller en ville pour cela.
Johan est bouleversé, ses repères ont valsé aux quatre coins cardinaux. Le monde déjà écroulé s’écroule à nouveau sur sa tête. L’abjection est totale, submergeant tout. Il prend son poignard et l’enfonce dans le cœur de William et d’Edma, ainsi que dans celui de la petite Marlène, la sœur de William qu’il prostituait également. Il lui promet qu’il vengera leur misère. Puis c’est au tour du pauvre Franz. Et là le délire total semble s’emparer de l’auteur qui décrit ce meurtre avec une violence purement hallucinante, à tel point que je préfère scanner la page plutôt que de résumer l’action…

Le carnage terminé, Johan met le feu à la maison et part vers la ville « vêtu de sa robe de femme et ses longs cheveux au vent ».
Quelques mois plus tard, on retrouve Johan employé dans une boîte pour homos, le Bilboquet (…) Son patron, Emil, lui montre la presse dans laquelle on ne parle que du « tueur de sadiques », un mystérieux assassin ayant déjà commis 107 forfaits contre des invertis en seulement quatre mois… Les crimes sont tous commis après 4h du matin, l’heure de la fermeture de la boîte. Emil ne soupçonne pas Johan mais craint pour son petit commerce.
Vers 1h du matin se pointe un client qui veut sortir avec Johan mais le règlement interdit de quitter l’établissement avant 4h. L’homme paie donc rondement Emil qui accepte de laisser Johan aller avec lui. Ce dernier quitte donc le Bilboquet et dans la rue mal éclairée, sort son poignard, prêt à faire une 108ème victime… Mais l’homme anticipe et le maîtrise. Il savait que Johan était le « tueur de sadiques », et il le lui prouve. Cependant il ne veut pas le dénoncer… et là accrochez-vous, on tombe dans le délire total… Il lui propose de rejoindre une organisation anarcho-terroriste pour mettre en œuvre efficacement ses actions meurtrières. Jusque là ses meurtres d’homosexuels étaient des crimes vains et inutiles. Il lui propose de liquider des personnages nettement plus importants qui mettent en danger la liberté des citoyens. Cet enchaînement est purement délirant à la lecture, donnant à ce livre un tournant un peu décevant car on perd un peu l’incroyable abjection du début de l’ouvrage mais il ouvre le livre sur des possibles insoupçonnés… faisant à mes yeux de Ratno une sorte de fou littéraire fascinant…
Johan a donc pour mission d’organiser un attentat avec deux complices. Il se rend à l’étranger pour accomplir cette mission. Durant celle-ci, l’un des complices, un jeune type avec qui Johan s’entendait bien, meurt en même temps que la cible. Johan perd à nouveau la tête. Il sombre dans l’alcool et prend une revenche hétérosexuelle en s’engouffrant dans de multiples relations tarifées avec des prostituEEs. Et puis, trop de temps s’écoule entre les missions, son sadisme l’omnubile. Il a, comme le personnage d’Héléna que j’évoquais plus bas, le « goût du sang ».
Il met à profit sa récente science des explosifs pour faire sauter le Bilboquet, retrouvant son rôle de « tueurs de sadiques » préféré. 35 morts dont son ancien patron Emil… Après un dernier attentat qui lui fait assassiner un ministre, Johan perd carrément la tête, rongé par toute cette horreur accumulée et sombre définitivement dans l’alcool et les femmes. Arrêté, il s’enfuit et se réfugie à Genève où il se consacre à l’écriture, imbibé des Ames mortes de Gogol et de l’Apocalypse de Saint-Jean (…). La toute fin vire dans le grand n’importe quoi baroque : il apprend que son recruteur anarcho-terroriste est en fait un agent double à la solde de la police ! Il le fait venir auprès de lui à Genève, refusant de croire ce qu’on lui dit mais devant l’évidence, il sort son arme. Toutefois, incapable de tirer, il laisse l’homme s’enfuir. Ne reste plus pour lui, après tous ces échecs, ce désespoir, ces bains de sangs diaboliques, qu’à se replonger dans le vice du sexe et de la violence. Il quitte le livre au bras d’une prostituée. Où allait-il ? « IL PARTAIT REJOINDRE LA RACE DES SADIQUES » (majuscules dans le texte bien sûr…)
Je ne crois pas exagérer en disant que je n’avais jamais lu un livre aussi taré de ma vie… En même temps, les trois premiers quarts avant le délire complet sont réellement merveilleux, d’une noirceur digne du meilleur Maurice Raphaël d’avant les polars de gare. Cet univers de fin du monde est un pur joyau littéraire qui vaut bien La Route de Cormac McCarthy. Moi je dis, Ernst Ratno, prix Nobel 2009 !