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jeudi 16 décembre 2010

les jolies "Presses Noires"

De 1964 à 1972, les éditions Presses Noires ont proposé à un fort lectorat des romans policiers de poche de très belle facture. Nombre de couvertures furent illustrées par le grand James Hodges au trait aussi reconnaissable que celui des frères Giordan ou de Jihel. Au catalogue, nombre d'auteurs sous pseudonymes dont l'immense André Héléna (Noël Vexin) ou Maurice Raphaël aka Victor Le Page (Ange Gabrielli) et beaucoup d'autres.
Comme nombre de collections de littérature populaire, les Presses Noires couraient les rues avant de presque disparaïtre. Petit conseil aux collectionneurs novices, ramassez les dans les vide-greniers avant de ne plus en voir. Sinon vous vous mordrez les doigts comme les (presque) vieux cons comme moi qui choisissaient les Elvifrance à 50 centimes (de franc) dans les dépots-vente de province au lieu de tous les ramasser et qui maintenant les paient 3 euros pièce ou plus.
Un aperçu des diverses maquettes (+ d'infos et de scans ici)

mercredi 24 décembre 2008

André Héléna

Quelques couvertures des bouquins d'Héléna pour les amateurs de polars noirs, de rues sous la pluie et du remugle des cadavres exquis...


jeudi 17 juillet 2008

André Héléna. La Belle Arnaque


André Héléna. La Belle Arnaque. Ed. S.N.E.V., non daté (1959 ?)

La Belle Arnaque n’est pas un grand roman d’Héléna, mais il tient la route dans le sens où il s’apparente plus à un pamphlet qu’à un roman populaire léger de l’époque (comme la couverture pourrait le suggérer). Ce livre, à ma connaissance, n’a jamais été réédité et a pour réputation d’être l’un des plus difficiles à dégotter.
Héléna y raconte l’histoire d’une pauvre jeune fille, Simone, qui fut violée par un inconnu puis par son beau-père. Alors qu’elle s’apprétait à se suicider, elle est sauvée par Romuald, écrivain mais surtout nègre et lecteur pour l’éditeur Drouille (un nom un peu trop bien choisi pour ne pas être caricatural, un peu dommage…), qui flaire le bon coup et raconte l’histoire de la malheureuse à son patron. Un livre est sur les rails, qui bien entendu fait un succès tonitruant avant même sa parution, tant les cocktails et les articles dans la presse font l’œuvre avant l’œuvre. On sent qu’Héléna règle ses comptes avec le milieu de l’édition, et certains spécialistes de ce milieu pourraient sûrement mettre un nom sur chaque personnage de ce livre. Au passage, on croise des noms réels comme Minou Drouet, cette poétesse de 10 ans qui fit un succès avec son chef d’œuvre… Arbre mon ami (on prétendit à l’époque que sa belle-mère l’aurait aidé à tenir la plume, Roland Barthes analysa même le phénomène dans Mythologies, etc.), Gallimard ou autre Léo Malet.
Une fois le livre de Simone paru, un second suit qui raconte ses amours homosexuelles avec une poétesse de l’époque, écrit par cette dernière en personne… Le succès ne vient pas, Simone s’est habituée aux fastes du Fouquet’s et à la reconnaissance. Le retour à la réalité n’en est que plus douloureux, elle rejoint les bords de Seine pour une deuxième tentative désespérée…
Héléna, qui vient de la poésie et du roman noir de grande qualité, ne fait ici qu’une bouchée des éditeurs peu scrupuleux qui vendent leur âme pour un bon coup, raconte une partouze alcoolisée et la bassesse de ce milieu si éloigné de ses aspirations originelles. On se demande si la Société Nouvelle des Editions Valmont, qui publie ce texte, a pris soin de le lire d’ailleurs… Bref, un texte intéressant et atypique dans la carrière de cet auteur prolixe et qui, mieux que personne, avait son mot à dire sur les éditeurs véreux de l’époque qui ont fait de lui un auteur populaire de seconde zone, ce qu’il était loin d’être !

jeudi 8 mai 2008

André Héléna. Le goût du sang


Il est toujours difficile pour moi d’évoquer de façon juste et objective un roman d’André Héléna tant cet auteur a touché quelque chose de vital en moi dans mes années d’adolescent. Un pessimisme radical, une noirceur qui colle au corps comme une pluie poisseuse un soir de novembre sur des pavés luisants d’espoirs déçus.
Le goût du sang fait partie des grands romans d’Héléna, de ceux qui dépassent largement la médiocre production alimentaire à laquelle il s’est restreint par faute de temps et de motivation. On touche ici, au contraire, à du grand art, à l’inscription dans un sous-genre d’un trait de plume existentialiste et vierge de tout chichi littéraire. Une bombe brute, noire et fatale.
Héléna situe l’action dans les lieux qu’il connait bien. Ici c’est Perpignan, pendant la guerre et après la Libération. Jacques Vallon est un jeune homme maladroit, laid, fils d’un magistrat qu’il méprise. Décidé, après mille renoncements, à surmonter sa timidité pour entrer dans un bordel afin de fêter l’obtention de son bac, Jacques se retrouve malgré lui, dans les toilettes du claque, témoin d’une conversation évoquant des meurtres de collabos. Surpris, le voilà, plus par fatalité que par réelle motivation, tueur dans la Résitance, lui qui jusqu’à présent prenait la vie comme un fardeau social, familial et (a)sexuel. Jacques déteste l’occupant et les collabos, mais pas réellement par principe. Ce qu’il déteste chez eux c’est leur pouvoir, ils ont l’argent et les filles. Ils ont tout ce qui lui manque. Il les effacera donc, avec son Luger, un par un. C’est alors que, peu à peu, au fil des exécution de miliciens, de pourris en tous genres, le gagne le « goût du sang » et que Jacques se métamorphose.
« A certains moments, au moment de tuer, quand on sent passer le souffle empuanti de la mort, un démon prenait l’enveloppe charnelle du fils Vallon. Et c’était ce démon fait homme qui tuait. » La fatalité poursuivra Jacques, comme on l’imagine bien, vers un final sans espoir, d’une noirceur tout simplement sublime et poétique dans sa radicalité.


(couverture de l'édition originale de Jef de Wulf, heureusement conservée dans la réédition Fanval)

jeudi 17 janvier 2008

André Héléna. Rencontre chez Borniol.

Un drôle de type se pointe chez Jean Jérôme, la narrateur du bouquin et accessoirement un sale type attachant, pour lui annoncer la mort d’un certain Léonard, négociant en vins tué par balles, et dont la dernière volonté serait qu’il assiste à sa mise en bière. Etonnant car il ne le connait pas mais suffisamment intéressant pour attirer sa curiosité. Début des emmerdes…

Il y va, suivi de près par le costaud Dominique, son ami et garde du corps corse. Dans la salle, le cercueil est ouvert, entouré par une tripotée de malfrats et par une jolie jeune fille qui prétend être la nièce du défunt. Seulement Jean a beau regarder le macchabée, il ne le reconnait pas. Il comprend alors que tous ces types se sont gourés de client et veut en savoir plus. Personne ne voulant parler, les poings prennent le relais.
Jerôme et Dominique se réfugient ensuite dans un bar proche, où les rejoint la troublante jeune fille présente dans la chambre funéraire, Micheline Gayre…

Commence alors un polar plutôt classique dans lequel, à mes yeux, Héléna n’a pas eu le temps (ou l’occasion) de s’investir réellement et pour lequel il n’a pu fournir que les ingrédients demandés par l’éditeur. A savoir, un savant mélange de violence :

« Je regardai le type que j’avais flingué. Ses yeux commencaient à se révulser, les pointes de ses pieds raclaient le tapis et une mousse sanglante apparaissait à ses commissures. Il appareillait visiblement pour l’enfer. »

de légèreté :

« Une déesse c’était Micheline, une splendide statue païenne, avec des petits seins de marbre accrochés haut, un ventre plat, des hanches en amphores et, au milieu de son corps, une toison sombre qui prouvait qu’on peut être blonde comme une norvégienne et brune par certains côtés. »

Auquel Héléna rajoute, heureusement, car c’est ce qui sauve à mes yeux le livre, une dose de noirceur lourde et d’abjection existentielle. Jean Jérôme raconte qui il est vraiment à la fin du livre, un homme qui a fait une promesse, suite au viol et au meurtre de sa sœur, celle de la venger de la pourriture et de l’immondice qui enlaidissent notre monde :

« Je suis parti dans la nuit mouillée, comme un loup sur une piste, hagard, la tête haute et les doigts crispés sur mon automatique. Je savais où j’allais et ce que je voulais. Je le sais toujours et c’est la même chose » « Seul. Prêt à remettre la gomme dès qu’un de ces salauds m’en donnerait l’occasion ».

C’est précisément ça que j’aime chez Héléna, ces anti-héros confrontés à la poisse quotidienne, au sang cailleux qui vient se coller aux rayons du soleil, à la misère contre laquelle personne ne peut rien parce que… « la vie est dégueulasse » tout simplement comme disait Léo Malet. C’est souvent cette dimension supplémentaire, ce relief qui fait des œuvres d’Héléna autre chose que des polars de gare infiniment duplicables. Je parle en tout cas des textes pour lesquels il n’a pas eu la liberté qu’il méritait, pressé par des éditeurs lui demandant des textes calibrés et répondant à des critères bien précis… Il a pu dans certains, qui sont de véritables perles, donner libre cours à toute sa créativité et marquer à jamais le polar d’un encre indélébile et inimitable. Nous parlerons bientôt de certains de ces textes.

Pour finir et illustrer mon propos sur Rencontre chez Borniol, je laisse la parole à Frank Evrard qui écrivait ces mots très justes dans la préface d’une réédition de L’Homme de main (éditions e/dite, 2000) :

« Car il n’y a aucune illusion à se faire : André Héléna est un radical de la révolte. Pour lui, cette Planète des cocus, pour reprendre le titre de l’un de ses plus singuliers ouvrages (1952), œuvre de moraliste s’il en est, bien dans l’esprit de Voltaire et des Lumières, est un lieu de totale iniquité, une manière d’enfer, le trou du cul de la création. L’histoire de l’humanité et, plus précisément, celle de l’homme, relèvent de l’entropie généralisée du chaos. L’homme est le jouet des événements. Il ne peut échapper à leur engrenage, il n’a pas le choix, il n’a désormais plus le choix. L’a-t-il d’ailleurs jamais eu ? ».

Editions de la Flamme d'Or, 1952