dimanche 12 septembre 2010

Editions du Carquois

Nous avions déjà évoqué ici les éditions du Carquois et leur magnifique collection Amor Amor... Les revoilà avec les collections Deux heures d'extase / d'amour / d'aventures.
La plupart (toutes?) les couvertures sont de Louis Carrière et sont plutôt réussies. Et puis il y a les titres... Dyobé, le nain sanglant, ça ne vous fait pas envie vous?

lundi 6 septembre 2010

Belgique poésie

Toute la team du carrefour, à savoir moi et ma nana, revenons de vacances bien méritées. Voici un pot-pourri d'images diverses et variées ramenées du plus beau pays du monde, la Belgique. Car oui, tel Bernard Henri Levy, je n'ai pas peur d'aller passer mes vacances dans des pays en guerre.
Magique Belgique qui dans ses bulles de bière cache la poésie d'une Europe folle et débridée, incongrue, surréaliste et mystérieuse. Belgique de James Ensor, de Jean Ray, de René Magritte, de Paul Delvaux, de Marcel Mariën, de Louis Scutenaire ou de Raoul Ubac. Belgique aussi d'Annie Cordy, de Léon Spilliaert. Belgique enfin de Georges Rodenbach et son chef-d'oeuvre Bruges-la-Morte. Sur les traces de ce formidable romancier et poète du XIXème, nous avons donc posé nos valises dans la "Venise du Nord".

Je vous convie donc à une visite guidée de Bruges en compagnie d'une amie prostituée qui, prenant un jour conscience que le mal l'habitait, rejoignit les ordres mais garda ses lunettes de soleil car elle était restée cool à l'intérieur.
Chez elle, c'était le paradis pour un tordu comme moi. Des renards empaillés, des masques chinois, des livres de recettes aphrodisiaques, des manuels de sorcellerie rémoulade. Elle avait même une vitrine dans laquelle elle s'exposait jadis, qu'elle avait récupérée pour exhiber sa collection de curiosités: un gode avec du barbelé, une main de masturbateur coupée net par une tronçonneuse, la photo de sa tante Soeur Mortadelle et même un chien en pull-over!



Tiens la voilà! Bonjour ma soeur, tu descends? je t'invite au resto, y'a un nouveau menu extra



Allons-y donc,le fantastique est au coin de la rue



Les surréalistes guettent



Pendant ce temps, à Ostende, il était toujours interdit de donner des frites aux mouettes et les concombres jouaient tranquillement sur la plage avec leurs amies bananes



Venez ma soeur, n'ayez crainte, les enfants seront bien gardés et les monstres marins leur raconteront des histoires de pirates collectionneurs de coquillages:



Vous aimez Léon Spilliaert ma soeur? Enlevez vos lunettes de soleil, vous allez être éblouie par un tableau



Nos amis les masques ensoriens s'inviteraient bien au resto eux aussi je pense



Tout ça va encore finir au troquet Rodenbach dans un mélancolique vomi de bière ma soeur



Que dites-vous? A Ostende vous aimez Gibraltar? Vous êtes si rock'n'roll, sista



Ah non vous disiez juste que la faim vous tiraille telle une possédée. Il est temps de demander à votre ami du ciel de faire un miracle



Sitôt dit sitôt fait!



Allez ma soeur, ramène le chat et montre nous tes miches! On y va maintenant



Mince, voici deux suppôts de Belzebuth qui nous envoient des images horribles dans le cerveau pour nous couper l'appétit!



Esprit de James Ensor! Au secours!



Nous voilà sauvés. Sonnons à présent chez Madame Moustache pour nous enfiler quelques douces binouses ma soeur car toutes ces aventures m'épuisent



Quel atroce bruit de sonnette! C'est un son maléfique qui fait germer dans le cerveau des images horribles! Partons! Priez pour moi ma soeur et ramenez le calme dans mon esprit enfiévré. Cette ville est si belle, si pure que je voudrais lui ressembler



Quelle rigolade... Allez mamie de bénitier, pour nous détendre, faisons donc un concours de grimaces



Saleté! Tu gagnes à chaque fois... Pour te récompenser, je t'offre un ensemble de sous-vêtements en chocolat et une place de concert. Alors heureuse?



Oui tu pourras offrir la place à ta fille qui fait flipper les enfants. Elle ira swinguer avec ses amis le demi chien, le mec chelou et l'arbre fantôme.



Mais, que vois-je, nous causons nous causons mais se profile l'enseigne de notre heureuse destination!! A BOIREEEEEEEEEEEE



Ils vécurent heureux et prirent de nombreuses cuites. Fin.

dimanche 29 août 2010

Fantastique anarchisme

Marcel Millet. La pierre de lune. Ed. L'édition française illustrée. 1920. Couverture d'André Foy.

C'est cette étrange et superbe couverture qui a en premier lieu attiré mon attention sur cet ouvrage plutôt rare mais peu recherché je pense, au vu de l'absence quasi totale d'allusion à cette curiosité sur le net. De Marcel Millet, on apprend ici qu'il fut un anarchiste assez prolifique, écrivant dans de nombreuses revues et publiant aussi bien des poèmes que des romans.
En l'occurrence La Pierre de Lune est un recueil de nouvelles ou de contes, pour la plupart fantastiques, dont l'originalité mériterait un peu plus d'attention. Le narrateur raconte - sur un ton léger et libertaire prônant la liberté totale, la fuite devant toute appartenance sinon celle de l'amour de sa compagne, la bien nommée Mienne - les mésaventures qu'il vécut avec sa femme au cours de leurs vagabondages.
La première nouvelle est la plus marquante à mes yeux. Le couple y rencontre le duo bien étrange d'un homme au physique de rat et de sa compagne, grande tige maigre et effrayante, tous deux marchands dans une étrange boutique, dans un petit village perdu. Ils s'aperçoivent progressivement que le surnom de Pitchin-garri (du provencal: petit rat) qu'ils s'étaient eux-même donnés pour s'amuser, s'adapte tout à fait à cet horrible couple de marchands. Puis tout vire à l'étrange. Les produits en vente dans la boutique sont tous d'un bizarre sans nom, l'atmosphère est trouble. Nos deux égarés finissent par vraiment ressembler eux-mêmes à des rats et deviennent les marchands étranges qu'ils ont cru rencontrer quelques minutes plus tôt. A leur tour prisonniers ils tenteront de s'échapper et de conjurer leur sort de possédés...
D'autres nouvelles n'ont rien de fantastique mais sont tout aussi plaisantes. Le narrateur et Mienne y défendent et cachent des évadés dans un pur esprit feuilletonnesque, anarchiste et gloupitant. Une autre nouvelle est une réflexion sur le meurtre par accident (de voiture) et l'importance d'une vie humaine quand des millions sont sacrifiées pendant des guerres absurdes.
Un recueil un peu fouillis donc mais dont le fil conducteur est cette générosité du narrateur derrière laquelle on sent un auteur avec lequel on serait bien allé vider une bouteille dans quelque lieu malfamé.
Et puis cette couverture d'André Foy !!

PS: les curieux pourront trouver cette perle pour 13 euros ici.

mardi 27 juillet 2010

Aimé Van Rod

Aimé Van Rod. Visites fantastiques au pays du fouet. Illustré de gravures et de nombreuses illustrations par G. Topfer. Paris: Librairie artistique et Édition parisienne réunies, (1922).

Voici un savoureux petit roman de flagellation comme savait si bien les écrire le prolifique Aimé Van Rod. Mais plus qu'un simple roman érotique fétichiste, sado-masochiste, c'est également un roman fantastique! En effet, le livre commence par la visite d'Asmodée, le Diable Boiteux, au riche banquier Haltmayer, qui, tirant sur sa pipe, rêvassait à des fesses de sufragettes à fouetter. Le démon, percevant ces suaves pensées, débarque par la fenêtre chez le bon Haltmayer et lui propose un petit voyage sur son dos velu. Direction l'Angleterre, réputée pour la rudesse de son éducation et ses étranges pensionnats de jeunes filles. Haltmayer jubile. Il assistera à de multiples scènes de flagellation, d'humiliation qui raviront ses désirs pervers. De plus, pour profiter encore mieux du spectacle, les deux acolytes voyeurs sont invisibles, passent à travers les murs et lisent dans les pensées des protagonistes!

Deux voyages dans deux pensionnats distincts constituent le sommaire de ce curieux roman richement illustré par Georges Topfer, alias Gaston Smit, déjà croisé sur le carrefour.