jeudi 22 juillet 2010

Michel Fardoulis-Lagrange

Michel Fardoulis-Lagrange. Volonté d'impuissance. Messages 1945. Dessins de Raoul Ubac, préface de Michel Leiris.

Retour de vacances

Dénichés pour 1 euro symbolique sur la place Saint-Michel de Bordeaux:
un classique de l'auteur du Grand-Guignol Maurice Level aux Editions Cosmopolites, coll. du lecteur n°118 (non daté) et L'Initiation à la peur de Thomas Owen publié par Jean Ray aux Auteurs Associés, Bruxelles, 1942.

lundi 5 juillet 2010

Noir retro - Editions Plon, 2010.

Pour les amateurs de vieux bidules populaires tout bizarres, les occasions de se réjouir en librairie sont assez rares. Alors le jour où j'ai appris que Plon, éditeur dont je n'attends à peu près rien, sortait une collection de rééditions de vieux polars de gare (mais pas que), mon sang s'est mis à imiter les flots du Yang-Tsé-Kiang à l'intérieur de mes veines, débordant de mon corps tel un tsunami horrifique. En gros j'étais jouasse. Au programme des festivités de "Noir retro", deux titres déjà parus en librairie:
Attention les fauves de Brice Pelman, un roman noir à peu près bien mais hélas pas transcendant sorti au Fleuve Noir en 81.
Le topo: deux jumeaux, Marieke et Patrick, vivent avec leur mère sur les hauteurs de Nice. Jourdain, leur voisin un peu malade des boyaux de la tête et de la zigounette, viole la mère et la tue en l'étouffant. Les enfants découvrent le corps de Doria et décident alors de tout faire pour éviter la pension. Un seul moyen s'impose à eux, faire comme si leur mère était toujours en vie, ne prévenir personne. On se doute bien qu'une telle situation est intenable. Débute alors un huis-clos assez captivant tout de même, tendu, noir et bien mené malgré une écriture assez pauvre qui plombe un peu le sujet du livre qui lui, était taillé dans l'or le plus pur. Un peu dommage mais tout cela n'est pas bien grave car le deuxième titre est un classique d'Auguste le Breton, Du rififi chez les femmes! Et c'est encore moins grave car on annonce pour les prochains mois Rictus de Ferrière, Le demi-sel d'André Héléna (grandiose!), Le doulos de Lesou et Noël au chaud de G.J. Arnaud !
Pour couronner le tout, les maquettes ont de la gueule (V.Podevin à la création graphique, dites moi que c'est une blague), c'est moins de 10 euros et c'est foutrement bien fait (petit topo sur l'auteur, bibliographie, reproduction des couvertures originales). Manquait qu'une préface mais on n'a pas tellement envie de reprocher quoi que ce soit à une si noble initiative!
D'ailleurs, Nathalie Carpentier, très chère directrice de cette collection, j'ignore qui vous êtes mais je vous aime de tout mon sang!


JEAN-PIERRE MARTINET


Un tel titre de post méritait bien l'usage de capitales. Jean-Pierre Martinet est mon idôle, je mange du Jean-Pierre Martinet, Jean-Pierre Martinet est mon ami sur facebookdelaudela.com, Jean-Pierre Martinet a sa gueule sur mon bagde préféré, mes futurs enfants iront tous les ans sur la tombe de Jean-Pierre Martinet, Jean-Pierre Martinet casse des briques en enfer, faites du bruit pour JEAN-PIERRE MARTINET !, dis-je en imitant Joey Starr sur le plateau de l'école des fans.

Editions originale de L'ombre des forêts, Ed. La Table Ronde, 1986.
(Et si par bonheur quelqu'un a l'amabilité de me procurer une image de la couverture de l'édition de Jérôme au Sagittaire, ou de La Somnolence chez Pauvert, je lui baise les pieds par avance)

Oncle Archibald

Pour les amoureux de vieilles couvrantes pin-upées (mais pas que), voici un lien bien utile:
http://jef-de-wulf.blogspot.com/

Oncle Archibald y propose un catalogue chronologique des couvertures réalisées par le grand illustrateur Jef de Wulf que tout bon amateur de littérature populaire se doit de connaître.
En cliquant sur le profil d'Archibald, vous découvrirez les autres blogs dont il est l'auteur. Bonne visite.


Gustave Binet-Valmer

Dans la série des livres qu'on achète pour la couverture, voici Du printemps à l'automne de Gustave Binet-Valmer (1975-1940). Signée G.Oudard (si on lit bien), le dessin de couverture et celui de la quatrième laissaient suggérer un texte fleurant bon le fantastique et l'étrange liés à quelque intrigue amoureuse. Au final il s'agit de "contes d'amour" d'un intérêt assez inégal mais qui, pour n'en avoir lu qu'une partie, ne m'ont pas non plus laissé indifférent. Binet-Valmer fut en son temps l'auteur de quelques best-sellers dont certains seraient sûrement à redécouvrir aujourd'hui tel ce Lucien (Ed. Ollendorff, 1910) qui aborde paraît-il le thème de l'homosexualité avec intelligence. Ne l'ayant pas lu, je me réfère à l'article dont je donne le lien ci-dessus. J'apprends également ici que Simenon fut un temps son secrétaire. Ce dernier confie à Francis Lacassin:
Je me rapprochais de mon ambition : j'étais devenu secrétaire d'un romancier. Au cours d'un banquet, mon père avait parlé avec son voisin de table de moi et de mon prochain départ pour Paris, où je n'avais pas encore d'emploi. Ce monsieur lui avait proposé de me recommander à un de ses amis écrivains qui cherchait précisément un secrétaire. Il s'agissait d'un homme bien oublié aujourd'hui, Binet-Valmer. Il publiait chaque année, alors, un roman en feuilleton dans le Journal, un ou deux autres dans les Œuvres libres de Fayard, et à peu près un conte par semaine, ailleurs. Mais il n'était pas tellement connu par la valeur de ses oeuvres que par son activité mondaine et politique. Il était — à l'époque c'était quelque chose d'important — président de « la Ligue des Chefs de section et des Anciens Combattants ». Je croyais devenir le secrétaire d'un écrivain. Pas du tout. On m'a mis dans un petit bureau où s'entassaient deux dactylos, dont la secrétaire de Binet-Valmer, et un monsieur qui était vaguement secrétaire de la ligue. Il m'a fait copier, en une vingtaine d'exemplaires chaque, et à la main, des quantités d'adresses. Tout cela pour rassembler, le cas échéant du jour au lendemain, des chefs de section et des anciens combattants. C'était l'époque où il commençait à y avoir des mouvements sociaux contre Poincaré, la Chambre bleu horizon venait d'être élue. Une fois de plus, je tombais exactement du côté contraire à mes convictions."
Ailleurs, on apprend de BV qu'"il se mêlait en même temps à la politique active et fut, dans de nombreuses conférences, un des orateurs de l'Action française"
Un bien étrange monsieur donc...

jeudi 24 juin 2010

Poruno no joô: Nippon sex ryokô, aka The Pornstar Travels Around Japan

Un film bien anecdotique (de 1973 réalisé par Sadao Nakajima) mais qui ravira les fans de la troublante Christina Lindberg. La pauvre petite suédoise se retrouve au Japon, envoyée par des dealers, mais à l'aéroport, elle confond la voiture des complices avec celle d'un pauvre type. Ce dernier ne comprend rien aux femmes mais a une furieuse envie de s'y mettre. Il viole donc notre héroïne pendant quelques jours avant de créer un lien avec elle, bien évidemment. Le syndrome de Stockholm probablement... Mais la belle finit par fuir et se réfugie dans un bar louche (le premier endroit où l'on se rend après un viol) dans lequel elle rencontre une troupe de libertaires révolutionnaires... qui la violent... Elle retourne donc chez notre binoclard amoureux mais les choses se passent encore assez mal...
A conseiller à tous ceux qui veulent voir Christina nue dans un petit film mysogine sans grande originalité, ou aux amoureux de ses grands yeux, dont je suis.


samedi 19 juin 2010

David Polonsky

Uniquement pour contredire la dernière phrase du post précédent, voici quelque chose de récent, de très récent même puisque cet album jeunesse date de mai 2010. Comme quoi la poussière n'a pas encore complètement recouvert ce blog.
Une nuit sans lune est un album sur lequel j'ai flashé comme un gamin en 1988 sur la collection des Crados, comme un ado sur la collection Gore dans les années 90, comme...

Bref c'est du beau boulot délivré ici par les Editions de la Balle. Sur un papier superbe qui donne des reflets argentés intransmissibles pour mon pauvre scanner, David Polansky illustre de façon bouleversante l'histoire de la petite Clara qui a perdu la lune (pas de mauvais jeux de mots de pervers très déviants dans ce post). Le tout sur un très beau texte de Shira Geffen et Etgar Keret.

Dispo pour une dizaine d'euros dans toutes les bonnes librairies ou en ligne.

Léon Valbert et l'humour canaille


Le Carrefour Etrange revient ! Après avoir balancé 1Go d’images dans vos pupilles, l’aventure continue avec 20 Go de plus, j’ai le temps de crever avant d’avoir utilisé tout l’espace cette fois…
Merci à tous ceux qui se sont manifesté pour trouver des solutions.

Une poule en prime… Quel titre ! Je n’ai pas hésité une seconde lorsque j’ai vu ce vieux fascicule Albin Michel (et bien d’autres) dans un lot bradé pour quelques cacahuettes. Il n’y a pas à le regretter car le texte et les illustrations (d'Urgel(?)), sans prétentions, sont tout de même plus que charmants, mêlant canaillerie, argot et vaudeville dans un tourbillon feuilletonnesque.
L’histoire : Louty, un collaborateur de L’Echo des lupanars (tout un programme là aussi) a une idée géniale. Pour relancer les ventes de la gazette, offrir une prime un peu particulière à un des lecteurs… UNE POULE ! C’est grandement misogyne, c’est très humour coquin début de siècle, c’est très bête.
Il suffira donc au premier quidam qui, le soir du 24 décembre, au bar Tabarin, saura demander à la bonne cocotte « Etes-vous la prime de l’Echo des Lupanars ? », pour se voir attribuer une nuit de vice et de plaisirs sans commune mesure.
Nous suivons à partir de là le parcours du délicieux Bouif, un crétin fini, premier clerc de notaire, aussi avare et timide que vierge et prêt à tout pour satisfaire sa curiosité sensuelle à moindre frais. Dès son voyage en train, tous les malheurs du monde lui tombent sur le pif. En retard, il monte par erreur dans un wagon de première classe et se prend un amende. Puis il enlève ses chaussures puantes pour retirer l’argent qu’il cache dans ses chaussettes (car le « pedezouille » a amené avec lui toutes ses économies par peur des voleurs). Ses chevilles enflées, l’opération vire au drame, une chaussure vole à l’autre bout du compartiment. Entre alors une jolie dame qui s’assoie tranquillement avant d’être effrayée par la puanteur. Trouvant la chaussure à ses pieds, elle demande à Bouif si ce charnier à semelle lui appartient. Gêné, il ne peut que nier, et voir par là-même sa grolle voler par la fenêtre. Le voilà donc contraint de continuer son périple parisien sur un pied. C’est mal barré pour lui, vous l’aurez compris.


Je ne vous raconte pas la suite, du même acabit, mais vous cite en vrac quelques passages et expressions ravissants.
« Et elle se rencogna dans l’angle opposé, où elle ne tarda pas à ronfler comme une toupie de Nuremberg » (qu’on m’explique ce qu’est une toupie de Nuremberg et je serai le plus heureux des étrangers de carrefour)
Un flic interpelant le pauvre Bouif qui, sorti du train, prit le Jardin des Plantes pour un hôtel…
« Etant de service à ménuit, place Valhubert, l’individu dont auquel nous sommes en présence s’est avancé par devers moi et m’a violemment interpoilé, comme si je pourrais point lui dire s’il resterait pas dans une niche pour l’hôpitaliser dans la ménagerie du Jardin des Plantes… »
Ambiance du bal Tabarin : « Au centre, en des agglomérations plus compactes, on percevait le remous fiévreux des danses infernales… De temps en temps, au dessus des têtes avidement penchées, émergeait une jambe lancée vers le plafond dans un fouillis de dentelles et de baptistes, où transparaissaient des coins de chair nue, des nids d’ombre rose plus suggestifs encore…
Et, de cet ensemble inoubliable, montait une odeur de griserie, de bestialité, d’amour impur, mais tout-puissant… un parfum de femmes et d’alcool, qui vous infiltrait dans les veines le désir irrésistible de se mettre à l’unisson, de hurler à son tout le cri des fauves en rut et de se mêler à la bacchanale, jusqu’à tomber dans un râle suprême de plaisir et de volupté »
(p.54)

Les plus curieux seront heureux d’apprendre que Léon Valbert avait pour vrai nom Albert-Léon Vavasseur, auteur de romans, nouvelles, pièces de théâtre et autres chansons. Il quitta ce monde en 1947, l’année de naissance de ma mère, comme quoi ce carrefour est vraiment un grenier à vieilleries…

Léon Valbert. Une Poule en Prime. Ed. Albin Michel, Coll. Le roman-succès. Illustrations d’Urgel. Non daté (années 1920 ?)