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jeudi 27 octobre 2011

Arnould Galopin



Quelle bonne idée ont eu les défricheurs de L'Arbre Vengeur (une maison dont on ne dira jamais assez de bien) d'aller repêcher Arnould Galopin (déjà, s'appeler comme ça c'est juste incroyable). Prolifique auteur de romans populaires en fascicules et d'oeuvres diverses et variées, le pauvre Arnould (1863-1934), malgré son nom, n'a pas creusé son sillon dans la mémoire collective... et pourtant. Ce simple texte, Le Bacille (1928), mérite vraiment une redécouverte enthousiaste.

Il y est question de Martial Procas, un jeune et beau scientifique spécialiste de la bactériologie. Adulé par de nombreuses admiratrices qui viennent le reluquer pendant ses cours à la Sorbonne, la vie de Martial semble idyllique. Il tombe même amoureux de Meg, un belle américaine. Jusqu'au jour où (car il y a toujours un "jusqu'au jour où") il découvre que Meg le trompe et là... accrochez vous... il est foudroyé par une crise de cyanose, une asphyxie qui le transforme en monstre. Sa peau devient bleue et ses yeux jaunes! Imaginez le drame. Commence alors une vie de solitaire, de reclus. Son physique lui interdit tout rapport social. Les gens le fuient, l'insultent, le soupçonnent des pires méfaits. Seul un chien errant, Mami, vient lui apporter un peu de réconfort.
Un beau jour (pas si beau que ça), un enfant disparaît dans le quartier... Rapidement, on soupçonne cet homme seul et repoussant, que l'on surnomme 'L'horreur', "ce monstre bleu, ridicule et sinistre, plus hideux qu'un masque japonais" (sa propre image dans le miroir). Les habitants, poussés par l'euphorie de groupe, s'acharnent à démontrer sa culpabilité. Le pauvre freak n'a plus qu'une seule solution face à l'opprobre et la médisance, une vengeance d'intellectuel, un coup, le terrorisme biologique!
Vous me ferez le plaisir de lire ce livre unique et mystérieux, hallucinante fable sur la violence sociale, le désir de notoriété, la différence et la solitude, matinée d'ambiances rappelant Franju ou Le Fantôme de l'Opéra. Une pépite, j'vous dis!!!

Editions l'Arbre vengeur. 2011. Illustrations de Hugues Micol.

vendredi 29 février 2008

Jean-Pierre Martinet. La Grande Vie

Il est des livres qui nous accompagnent et desquels on fait des oreillers ou des nids pour venir y rire, y pleurer et y retrouver une musique tellement profonde qu’elle semble faire partie de nous-même. La grande vie est pour moi de ceux-là.
Jean-Pierre Martinet est un météore triste. Mort à 49 ans, affaibli par la vie et de multiples échecs, il laisse derrière lui une œuvre de quelques livres, des cailloux de Petit Poucet pour des générations à venir. Comme avec Beckett, sa première lecture m’a laissé sur le cul, ne sachant si je devais rire ou m’inscrire à l’Agence générale du suicide de Jacques Rigaut.
Ce texte a paru pour la première fois dans la revue Subjectif de Gérard Guégan (feu le Sagitaire), dont vous avez pu apercevoir une couv’ un peu plus bas ; il est salutairement réédité depuis 2006 par l’excellent David Vincent (de son vrai nom) des éditions L’Arbre Vengeur.



Adolphe Marlaud possède déjà un nom aussi éloigné du glamour qu’un plat de navets refroidis, la vie ne l’a pas gâté ou seulement dans le sens premier du terme. Ses deux parents sont morts, sa mère gazée à Auschwitz et son père, un enfoiré de première, repose à quelques mètres de chez lui, au Père-Lachaise. Il observe sa tombe de chez lui, rue Froidevaux (…) et se donne pour mission de la surveiller, ce qui, accessoirement, lui donne l’occasion d’acheter une carabine pour dégommer les animaux à qui viendrait l’idée de souiller la noble sépulture.
Son quotidien est une source inépuisable pour qui voudrait rédiger de nouvelles définitions des mots « morne » ou « déprimant ». Employé dans un magazin d’articles funéraires, traité comme un chien par son patron, sa non-vie sexuelle est soudain est soudain bouleversée par l’intrusion d’une énorme concierge de 2 mètres obsédée par Luis Mariano qui le choisit comme objet sexuel, lui si frêle et peu ragoûtant. « Généralement on me comparait à un cloporte ou à une punaise, ce qui me flattait plutôt car j’ai toujours adoré ces petits insectes. Quand je me regardais dans la glace, le matin, je ne donnais pas entièrement tort à mes détractrices. Cette tête d’avorton maussade, presque toujours ensommeillé, ce teint jaunâtre, comme si j’avais passé la nuit dans un seau hygiéniqe, cette taille ridicule qui m’obligeait à porter des talons très hauts pour ne pas ressembler à un des nains de Blanche-Neige, je me sentais parfois si laid, si misérable, que je détournais les yeux lorsque j’apercevais mon reflet dans une vitrine. Madame C. était encore trop bien pour moi. Je ne la méritais pas.»
Ses soirées sont faites de lectures (Bossuet, Rimbaud, Nabokov, Léo Malet ou Svevo) et ses journées de rêveries sur sa clientèle féminine ; toutes ces femmes en deuil portent-elles des sous-vêtements noirs ? Elles le captivent d’autant plus que la grosse Madame C. lui donne un aperçu de l’enfer sensuel : « J’étais condamné à plonger sans maugréer dans les ténèbres rougeoyantes. Je comprenais la terreur des habitants de Pompéï lorsque la lave du Vésuve avait déferlé sur eux. »
Comment donc sortir de tout ce gris de cimetière, de cette solitude poisseuse et de ce désespoir sans fond ? Par le rire, par un humour qui transcende la noirceur, qui la sublime, un rire jaune, sans drame, sans pathos, car « il n’y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n’y a que du burlesque et de l’obscénité ».

Parmi les « seconds couteaux » de la littérature, les oubliés, les Emmanuel Bove, les Henri Calet et les Maurice Raphaël, Jean-Pierre Martinet fait figure de pierre angulaire. Maintenant, à vous la Grande Vie.


Esprit de Garcimore, magie, double post ! Le logo de l’Arbre Vengeur vient nourrir ma thématique croix/seins, n’est-ce point meeerveilleux ?